[Témoignage]: La naissance physiologique d’Anaé en plateau technique

Petit bébé Anaé devait arriver le 28 juillet 2021, et nous l’avons attendu. Notre souhait de naissance la plus physiologique possible nous a forcé à être patients et laisser la nature et bébé décider pour nous. Et moi…craindre un déclenchement. 

C’est à 41 semaines et 3 jours, après plusieurs rendez-vous et “menaces” de déclenchement artificiel, le 31 juillet 2021, qu’Anaé décide de nous rejoindre et de s’incarner pleinement dans cette nouvelle vie à trois.

Le 30 juillet, il est 14h, des contractions douloureuses me mettent K.O., elles sont différentes de celles qui me travaillent depuis 15 jours. Je sens que c’est maintenant. 

Les vagues me sortent du moment présent, mais sont douces et faciles à gérer. 

La famille de Thomas est à la maison, il leur demande gentiment de partir, nous avons besoin d’être seuls pour ce voyage.

Doucement le vortex s’ouvre et nous embarquons. 

L’EMBARCATION

Thomas m’enserre dans ses bras à chaque contraction et les rend agréables et simples à vivre. Je suis toujours avec lui, à chaque pause nous parlons, nous rions, nous imaginons la suite sereinement. 

Céline, notre sage-femme devait nous recevoir à son cabinet à 17h pour une rupture des membranes, il en sera autrement, elle nous rejoint à la maison vers 19h. Entre-temps, je perds le bouchon muqueux. 

A nous voir jubiler et excités face à cette nouvelle étape, elle sait qu’elle a encore le temps devant elle pour m’accompagner dans le travail. 

Je souffle mes contractions, à quatre pattes sur le lit, posée sur mon ballon.

Thomas essaie de me faire manger et boire, mais les vagues s’intensifient et me coupent l’appétit.

22h, une contraction intense et longue me fait vomir le peu que j’avais avalé. C’est un signe, je disparais entre les contractions, Thomas appelle notre sage-femme. Le voile n’est plus très loin.

LE VOILE

Plusieurs de ces contractions fortes et longues me feront le même effet, je perds la notion du temps, je quitte la réalité. Thomas et Céline se parlent, j’entend mais je ne suis plus là, je ne répond plus. Je suis en “pilote automatique” lorsque Céline me propose d’examiner le col. Elle ne nous dira jamais la dilatation, pour que je reste confiante. 

Les contractions arrivent les unes après les autres, sont de plus en plus fortes, l’intensité est telle que je m’inquiète, je souffre, c’est long, c’est dur et puis je me rappelle des mots de Karine : l’accouchement est un processus naturel, physiologique et sécuritaire. Sécuritaire, je ne vais pas mourir, mon corps sait faire, mon bébé aussi.

J’ai mal aux genoux à force d’être à quatre pattes, je change de position. Assise au bord du lit, Thomas est face à moi, je suis dans ses bras, il ne me lâche pas.

Les heures passent sans que je les compte, Céline se repose et vient nous voir régulièrement lorsque je vocalise plus fort.

Thomas fatigue mais me soutient à chaque vague, je lutte contre le sommeil car les contractions m’en sortent à chaque fois qu’elles reviennent.

Les vagues sont intenses, j’essaie de trouver un mantra pour m’aider à les faire passer, dès que je ressens la chaleur dans le bas de mon dos, puis mon ventre qui se durcit je me dis : “Celle là va passer, comme les autres.” et je me le répète jusqu’à la fin. 

Je me rappelle aussi ce que m’avait conseillé Céline L., de m’accrocher à une vision apaisante, je choisis mes cours de surf, ça tombe bien ce sont des “vagues”, alors je décide de les surfer.

A un moment, sans savoir quand exactement, je désespère, j’ai peur, je suis épuisée, je leur dit que je n’y arriverai pas, je pleure. Thomas et Céline me rassurent tous les deux. Puis je pense à ma maman, qui 10 jours plus tôt à passer son épreuve à elle, passant par dessus ses craintes : son opération, sa mastectomie sous anesthésie, son cancer, sa chimio. Elle l’a fait, je peux le faire. Elle me l’a répété, on est des guerrières. Je pleure encore mais je me reprend.

Il est 6h, Céline suggère à Thomas de me faire couler un bain chaud. Entre deux contractions, je m’efforce d’aller jusqu’à la baignoire. 

La chaleur me soulage immédiatement les lombaires, mes genoux brûlent mais mon corps allongé peut enfin se reposer. Thomas veille à ce que je n’ai pas froid et me verse de l’eau sur les parties de mon corps qui ne sont pas immergé. Il est là, sa main dans la mienne à chaque instant. 

Je somnole entre les vagues, Thomas dort par terre sur le carrelage de la salle de bain. Le jour se lève, le voile aussi.

ENTRE LES MONDES

Les contractions deviennent d’un coup puissantes et me font pousser. Je les sens arriver doucement, je ferme les yeux, je m’imagine sur ma planche et je me dis “rame rame rame”, et au sommet de l’intensité : “aller mets toi debout et surfe la vague”. Je pousse et je crie, puis je me relaxe avant la prochaine. 

Céline m’examine et sent qu’il est temps de partir. Je panique. Comment descendre les deux étages, comment entrer dans la voiture puis comment marcher jusqu’à la salle de naissance ? Je m’en sens incapable. Je suis fatigué, j’ai mal, j’ai peur… Je demande à Céline si j’aurais le droit à du gaz pour me soulager, je l’avais lu dans un récit de naissance. En souriant elle me rassure et me dit que oui. Je m’accroche à cette idée comme à une bouée de sauvetage, je vais pouvoir souffler un peu

Entre deux contractions, Thomas me lève et m’habille. Dans un instant de lucidité, je vais puiser dans mes forces et j’attend la fin d’une contraction pour descendre et monter dans la voiture en un éclair. Hors de question d’hurler dans la cage d’escalier…

Une fois dans la voiture, je vois l’heure, pour la première fois, 8h50, il fait beau, il fait bon dehors. Je me concentre pour passer les vagues pendant le trajet. Thomas roule comme un pro et m’évite les secousses des virages, je sens quand même passer les dos d’ânes.

Nous arrivons à la maternité avec Céline, encore quelques pas et je pourrais me poser. 

Une contraction arrive dans l’ascenseur, puis dans le couloir, le trajet me semble interminable mais on arrive enfin.

Céline me propose le masque pour le gaz, me pose la perfusion, et je pars. Je prends de

grandes inspirations à chaque vague, et la réalité m’échappe de nouveau.

LE SOMMET

Les contractions se rapprochent, je suis toujours agrippée à mon masque. Thomas tente de me donner à boire, il a raison, le gaz m’assèche la gorge, mes cris aussi…

Je ne surfe plus, je me tiens au lit, je serre le matelas de toutes mes forces. Je ferme les yeux. Je suis dans mon monde, je vis mes contractions, plus rien n’existe. Je me fragmente, la jeune fille meurt, la mère s’en vient, je disparais.

LA QUIÉTUDE

Je reprends mes esprits, couchée sur le lit, en position foetale, face à Thomas, je regarde l’heure, il est midi.

Je me sens légère et détendue. Les contractions se sont arrêtées. Je sens quelque chose en bas, je touche et je sens une bulle, molle et chaude. Je demande à Thomas de regarder. C’est la poche des eaux. Bébé a fait son entrée, a passé le col, son arrivée est proche.

Céline est partie manger, on l’informe quand elle revient. 

Je sens que j’ai besoin de me redresser, les contractions reprennent…

LA MARÉE

Je suis à genoux, face au matelas, je m’agrippe aux barrières du lit. 

Ça y est, mon bébé arrive ! Je laisse les contractions de poussée faire le job. Je respire, je souffle. Et je panique un peu : bientôt le cercle de feu, bientôt la brûlure, j’appréhende. Mais je respire toujours.

Je sens une énergie folle, une force, une puissance qui sort de nulle part, après avoir fais une nuit blanche, sans boire, sans manger. J’en ai encore en réserve pour mettre au monde mon enfant. Je relève une jambe, je suis de nouveau concentrée, ça pousse ! Ça brûle ! J’ai peur, j’arrête de pousser quand la douleur est trop forte ! Thomas et Céline m’encouragent : “souffle le feu”, alors je souffle, et je reprends.

Je change de jambe et je touche, c’est mou, c’est chaud, c’est sa tête, dans sa poche. Tu es là mon bébé, tu arrives, on va travailler ensemble.

L’ÉMERGENCE

J’ai peur de la déchirure, j’ai peur de la douleur, mais je passe par dessus, je fatigue car je repousse l’instant. Mais il est temps, je respire encore, et je pousse, je crie, j’hurle, plus rien n’existe, il n’y a que moi et mon bébé. Je sens l’étirement, la chaleur, la douleur, tant pis, je veux que tu arrives maintenant. Je pousse avec toute la puissance qu’il me reste. Soudain : ”stop !”Céline me dit d’attendre maintenant le passage de l’épaule. La tête est sortie, je touche, je regarde, tu es là. Je vois une petite boule, violette et noire, je vois tes cheveux, comme à travers un bocal. Mon bébé est toujours au chaud dans sa poche. 

L’épaule passe, et d’un coup, elle glisse hors de moi. Je t’attrape mon bébé, ta poche cède et tu apparais. “ Coucou mon bébé”.

LE RETOUR

Je lève les yeux, il est 13h18, je me tourne vers Thomas, il a les larmes aux yeux, il me sourit. A cet instant je tombe amoureuse à nouveau. De lui, et de mon bébé. Je me sens légère, je m’allonge, avec ma fille dans les bras.

LA CONNAISSANCE

Céline nous couvre avec un draps, et nous pouvons faire la tétée d’accueil. Notre bébé a les yeux grands ouverts, elle me regarde. Et je lis en elle : “on a bien travaillé toutes les deux”.

Je passe les prochaines minutes dans notre bulle. Puis il est temps de faire sortir le placenta…

LA DÉLIVRANCE

Thomas prend notre fille dans ses bras, puis sur lui en peau à peau. Céline me guide, je tire doucement le cordon, rien ne vient. Je me mets debout, je respire, je m’accroupie, rien ne vient. Puis du sang, puis il sort. Je me sens légère, je me dis “ça y est, c’est fini, on l’a fait..”

Il ne nous reste plus qu’à tisser nos nouveaux liens, à trois. 

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