[Témoignage] : l’enfantement physiologique d’élise, à la maison

Aujourd’hui c’est mercredi, un mercredi de mi-septembre, ton grand-frere n’a pas école, ton papa travaille, il fait très beau et chaud.

Je décide alors d’emmener ton frère pique-niquer à la plage ce midi, peut-être pour la dernière fois de la saison.

Nous partons vers 11h, faisons les courses puis arrivons sur le sable chaud à 11h45.
Je porte le parasol, la glacière, le sac de jouets de plage et le sac de plage ainsi que toi, mon bébé, dans mon gros ventre de 39 semaines et 3 jours!

Ah ce que je ne ferai pas pour profiter encore un peu de notre bel océan atlantique!

Avec ton frère on se baigne , l’eau est si bonne, je suis si bien dedans, quelques petites vagues nous bercent doucement, l’eau salée m’apaise. Je me surprend à observer cet océan gigantesque, la force et l’immensité de la nature me fascinera toujours, bientôt, je vais rencontrer une autre force de la nature, celle de donner la vie.

13h, on mange sur la plage tout en construisant le plus beau des châteaux forts. Je suis entièrement avec ton frère, j’essai de lui donner toute mon attention, tout mon temps car je sais que bientot ce sera plus difficile.

Je ressens soudainement une petite douleur de règles, très discrète, presque rien, je n’y prête pas trop attention, ça fait un mois que je fais du faux travail.

20min plus tard je ressens une autre petite douleur de règles, puis encore une 15min plus tard et encore une….

14h, je décide de ne pas trop trainer, ton frère doit faire une sieste de toute façon, et puis je ressens l’envie de me retrouver chez moi.
Alors on range tranquillement nos affaires, je prend mon temps avec ton frère, on se baigne une dernière fois pour se rincer et puis on retourne à la voiture.

Avant de prendre le volant je lance quand même mon application de compteur de contractions, juste pour voir ….

Le trajet dure une quarantaine de minutes, je ressens des petites douleurs de règles toutes les 10 min en moyenne mais ce n’est pas régulier.

Arrivés à la maison je couche ton frère qui sombre immédiatement dans le sommeil, je suis soulagée, je ressens le besoin de me retrouver seule, à l’écoute de mon corps.

Je range les affaires de plage, range la maison, fais un petit coup de ménage, prend une douche, mets du mascara waterproof, juste au cas où, aujourd’hui, serai le grand jour.

A cette idée je souris, c’est fou, et si c’était aujourd’hui ?

Je décide de prévenir ton papa, de lui dire de rester près de son téléphone car peut-être que le travail commence ou peut-être que ce n’est encore qu’un faux travail. Il est 16h.

Mes douleurs de règles sont un peu plus sensibles et toutes les 4 min en moyenne mais toujours irrégulières et non douloureuses.

16h30, ton papa m’appelle, je lui dis que je contracte toujours mais que c’est irrégulier…. il en parle a son chef qui préfère le laisser rentrer à la maison dès maintenant. J’espère ne pas le faire rentrer pour rien ….

Je décide aussi de prévenir mon sage femme, afin que lui aussi se tienne prêt au cas où je serai réellement en travail.

17h, ton papa est là, ton grand-frere se réveille, les contractions sont un peu plus fortes, je dois souffler un petit peu et marcher le temps de la douleur.

J’ai bien l’impression que c’est pour aujourd’hui ! Je suis heureuse et excitée et en même temps un peu anxieuse du déroulement des prochaines heures.

Alors ça y est, bébé va arriver…. ce soir ? Demain? Vu l’heure avancée et les contractions toujours irrégulières nous nous disons que ce sera pour demain !

18h on contacte mamie pour qu’elle se prépare à acceuillir ton grand-frère pour la nuit.

Mon papa passe à la maison pour récupérer des papiers et se retrouve étonné de découvrir que je suis en travail.
On discute, on mange du chocolat, à chaque contraction je dois me lever et marcher, souffler, mais ça reste très supportable, juste des douleurs de premier jour de règles.
Elles sont encore très irrégulières, espacées entre 8 et 3 minutes.

18h30 mon papa s’en va, ton papa à toi part au centre commercial préparer la « boîte à grand-frère » qu’on s’est promis de lui offrir de ta part lors de sa rencontre avec toi.

Je suis seule avec ton frère, je lui explique que tu vas sortir de mon ventre, sûrement cette nuit, que lui, fera son dodo chez mamie et que demain, si il le souhaite il pourra rater l’école pour rencontrer son petit frère ou petite sœur car on lui a promis qu’il serai le premier après nous à connaitre le sexe de bébé.
Ton frère préfére aller à l’école demain, alors je prépare son sac d’école, sa valise pour la nuit, je le câline, mon grand garçon, je ne sais pas si il se rend compte de ce qu’il se passe, il paraît serein, calme.

19h, ton papa est de retour, il a aussi acheté du chocolat pour ton frère pour ce soir chez mamie.

C’est l’heure de se quitter, papa va déposer ton frère chez mamie, je le prend une dernière fois dans mes bras, mon fils encore unique, mon premier petit devenu déjà si grand….

Je me retrouve seule, me recentre sur moi-même, les contractions s’amplifient, toutes les 2 à 4 min, je souffle, je fais du ballon, je marche, je vais dehors, je respire, je souffle.

19h30 papa est de retour, nous sommes tout les deux maintenant, j’envoie un message à notre sage femme, je lui dis que je pense que c’est pour aujourd’hui, il me demande si les contractions sont régulières, non, elles ne le sont toujours pas.

20h, ton papa dîne, moi je n’ai pas faim, je continu de souffler à chaque vague de contraction, ça devient douloureux mais supportable, ça s’intensifie. Elles sont toujours toutes les 2 à 4 minutes.

21h, la nuit est tombée, il fait encore doux dehors, je veux marcher.

La rue est déserte, seuls les lampadaires éclairent par intermittence la petite route de campagne qui traverse notre village.
Je suis contente de ne croiser personne et de ne pas devoir faire bonne figure.
On voit, par les fenêtres éclairées, les voisins pour qui cette soirée est comme toutes les autres et qui procèdent à leur routine habituelle de debut de soirée….
si ils savaient ce que nous, dehors, on était en train de vivre !

Les contractions sont maintenant fortes, à chaque vague je dois m’arrêter, je m’accroche à l’épaule de ton papa, j’enfonce fort ma tête dans le creux de ses omoplates je souffle fort, mon dieu que c’est fort, que c’est puissant mais heureusement ça ne dure pas, entre chaque vague j’essai de me détendre, on marche, on discute, papa me fait rire, et puis une autre vague arrive, la douleur est tout de suite intense, l’impression d’avoir un étau qui me serre le bassin, j’ai très mal en bas du dos, puis la douleur diminue pour redevenir supportable, je souffle.

21h30 on rentre à la maison, je ne supporte plus être debout. Les contractions sont maintenant très fortes, je me sens mal, aucune position ne me soulage pendant les vagues de douleur, que c’est fort !
J’ai l’impression qu’un poids lourd me roule dans le bas du dos. Heureusement ton papa appuie fort avec ses mains en bas de mon dos, ça me soulage un peu, et sentir sa force et sa présence auprès de moi m’aide à traverser la tempête.
Nous sommes connectés tout les deux, à l’écoute l’un de l’autre, nous vivons l’aventure ensemble, soudés, dans notre bulle.

J’envoie un message à notre sage femme, il me demande à combien je note la douleur entre 0 et 10, je lui dis 8 lors des contractions, il me demande si j’ai pris un bain ou une douche.
Je n’y avais même pas pensé, je vais essayer.

Ton papa prépare le salon pour l’accouchement, il installe le matelas par terre, pose les bâches, pousse le canapé et la table basse.
À chaque contractions je me jette à 4 pattes sur le matelas, je souffle, j’essai de ne pas me crisper, détendre ma mâchoire, respirer, m’ouvrir….ton papa, lui, laisse tomber toute activité pour appuyer fort dans mon dos, c’est un travail d’équipe !

22h je file à la douche, l’eau chaude ne me soulage pas, une contraction arrive, bien plus forte que les autres, je suis propulsée au sol de douleur, à 4 pattes sur le carrelage je suis envahie, dépassée par la puissance de cette vague…. je ne tiendrai pas avec des douleurs pareil pendant des heures, j’ai besoin d’aide, je demande à ton papa d’appeler le sage-femme et de lui dire de venir, j’ai besoin qu’il m’aide, qu’il me donne des astuces pour tenir encore.
Ton papa l’appelle, il arrivera dans 20min.

Je me glisse dans le bain que papa m’a fait couler.
Là, allongée sur le dos, dans l’eau chaude je me sens mieux, la chaleur détend mon dos, un court répit.

Une autre vague m’envahit, la douleur me foudroie, je me remet sur les genoux, je ne souffle plus, je geins, la douleur me submerge, je me noie dedans,je ne maîtrise plus rien, elle m’enserre, m’étouffe, je subis.
Puis l’intensité diminue, je m’écroule dans l’eau du bain, la tête dans mes mains, le souffle haletant, j’essai de me remettre de cet ouragan de douleur qui vient de me traverser, mais une autre vague arrive.
Je me remet à 4 pattes, de nouveau la douleur me paralyse, mes gémissements se confondent en cris, la douleur m’englouti, je suis comme une proie prise au piège de l’intensité des contractions, puis la vague passe, je souffle…

22h30 j’entend le sage-femme qui arrive je vois ton papa hésiter à aller l’accueillir mais une autre vague me submerge, ton papa reprend son poste dans mon dos, le sage-femme nous rejoins, s’installe.
Lorsque l’intensité de la douleur diminue il me demande si je souhaite m’installer ailleurs, si je souhaite de la musique ou qu’on éteigne la lumière, je lui répond juste que je veux que ça s’arrête….

Une autre vague me submerge, la pause est très courte entre 2 vagues.

A la fin de celle ci mon sage-femme me demande si je souhaite être examinée, j’accepte, je suis à 9cm, la poche des eaux est bombante.
Je suis soulagée, bientôt tu sera là mon bébé.

Il me dit qu’il pense que je me retiens, me crispe, et me conseille d’accompagner les contractions en soufflant.

Une autre vague arrive, je souffle, je souffle fort, je souffle en gémissant mais je sens que ça descend, je sens mon corps qui se met à pousser tout seul, moi, juste je souffle, la poche des eaux se rompt.

Une autre vague m’envahit aussitôt, je souffle fort, mon corps pousse tout seul, je l’accompagne, je ne me sens plus envahie par la douleur car je suis active avec elle, la poussée est puissante, je te sens descendre, me gêner, tu es là je te sens, je sens le cercle de feu, tu arrives.

Une autre vague arrive, mon corps pousse, je souffle, je cris, ta tête sort.

Une autre contraction puissante arrive, le sage femme débloque une de tes épaules car dans la baignoire mes mouvements sont restreints pour t’aider à te débloquer seul. Tu glisse alors hors de moi….

Soudain tout s’arrête, le calme après la tempête, je m’assois dans l’eau chaude, le sage femme te dépose dans mes bras, tu es tout chaud, tout doux, tu es si beau, tu ne pleure pas, ton visage est calme et apaisé.

Je regarde ton papa, son émotion se lit sur son visage, nous sommes si heureux de t’accueillir.

On l’a vu tout de suite, tu es un petit garçon, tu es Marcel !

Bonjour Marcel, bienvenue chez toi ! Nous rions ! Le sage femme place une couverture de survie sur toi.
Nous sommes là en peau à peau, dans l’eau chaude du bain, ton papa accoudé à la baignoire, on se regarde, on rit, on t’aime déjà si fort !

5 min se passent puis je ressens une nouvelle petite contraction, cette douleur ravive les douleurs des heures passées, je ne veux plus souffrir, je pousse une fois, le placenta se décolle, une seconde fois il sort.

L’eau de bain se teinte immédiatement de rouge, c’est impressionnant mais c’est normal.

Le sage femme récupère le placenta, il est entier, le cordon bat encore alors on le laisse battre jusqu’à ce qu’il s’arrête de lui-même.
Le sage-femme met trois clamps au cordon, il coupe une partie, ton papa l’autre et moi la dernière.
Te voilà séparé de ton placenta mon bébé, celui qui t’a nourri et abrité pendant 9 mois. Nous le planterons au pied d’un abricotier dans notre jardin quelques jours plus tard.

Le sage-femme me dit que lorsque je me sentirai prête, je pourrai sortir du bain.
Ton papa prépare et protège le canapé puis viens te prendre dans ses bras le temps que je sorte du bain et que le sage femme regarde si j’ai des déchirures du périnée.
Aucune déchirure, juste une petite éraillure qu’il ne suturera pas.

J’enfile une culotte d’incontinence de grand-mère et je m’installe confortablement sur le canapé.
On te pose de nouveau en peau à peau tout contre moi. Je te mets au sein et après avoir un peu hésité tu mets à téter comme un chef.
On restera comme ça pendant 2 heures, dans la pénombre de notre salon, au calme, au chaud.

Puis le sage femme te prend délicatement de mes bras pour effectuer tes premiers soins et vérifier que tout va bien pour toi.
Il te manipule avec beaucoup de douceur, de respect, tu es très calme.

1h , le sage femme nous donne les dernières consignes puis nous quitte, il reviendra tout à l’heure vers midi en attendant il restera joignable si il y avait quoi que ce soit.
Il range ses affaires, et part.

Nous sommes tout les trois dans notre salon, au milieu de la nuit …..

Une nouvelle vie commence ……

Elise.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s