[Témoignage]: la naissance physiologique de Capucine, à la maison

Nous sommes le Mercredi 29 Juillet, je suis à la piscine chez mes parents. J’ai des contractions, comme tous les après-midi depuis quelques jours. Il est 18h quand j’appelle la maternité pour savoir si ton papa peut m’accompagner au rendez-vous du terme, le lendemain. La sage-femme me répond que François ne pourra pas être avec moi en salle d’accouchement pendant le monitoring, à cause du COVID-19, il devra attendre dans le grand hall de l’hôpital. Entendre « salle d’accouchement » a fait monter en moi une bouffée d’angoisse, je te raconterai un jour ce que ça a réveillé en moi. Toujours est-il que pour naître à la maison, il ne te restait « que » 6 jours pour te décider, et c’est ce que tu as fait. Tu as du sentir que je n’avais pas du tout envie d’aller à la maternité, même pour un simple examen de contrôle. Jusqu’à 20h, je sentais les contractions s’intensifier. Nous sommes passés à table et j’ai écrit à Magalie (notre doula) et Pascale (notre sage-femme) pour leur dire que je sentais que ça commençait à bouger. Au cours du repas, les contractions étaient plus régulières et plus fortes, je faisais bonne figure et j’arrivais à parler pendant les contractions. J’ai su que le travail commençait réellement quand je suis allée aux toilettes trois fois de suite (je l’avais lu, la nature étant bien faite, la femme « se vide » avant de donner naissance). Nous sommes rentrés à la maison avant la fin du repas. Maman nous a préparé un tupperware avec les fraises en nous disant que j’aurais faim dans la nuit, je lisais l’inquiétude sur son visage.

Nous sommes arrivés à la maison à 21h30, je suis revenue aux toilettes et j’ai écrit à Pascale pour lui dire que le travail avait commencé et que les contractions s’intensifiaient. J’ai appelé Magalie à 22h, j’avais besoin d’être rassurée. Elle m’a conseillé de prendre une douche bien chaude et deux Spasfon, en cas de faux travail, il serait stoppé et je n’allais pas m’épuiser pour rien. C’est ce que j’ai fait et nous sommes allés au lit. Je réveillais François pour qu’il calcule la durée et la régularité des contractions : entre 35 secondes et 1 min 20, toutes les 3-4 minutes. Le travail avait réellement commencé ! Je n’étais pas du tout confortable au lit donc je me suis levée très vite, François a fait de même et je lui ai demandé de tout installer dans la maison. J’ai appelé Magalie à 23h10 mais je ne pouvais plus parler pendant les contractions, j’avais besoin de respirer, François à pris l’appel. Magalie m’a dit de continuer à suivre la régularité des contractions, qu’elle allait essayer de dormir mais que si besoin, elle venait quand je voulais. Je lui ai envoyé un sms peu de temps après et elle s’est mise en route. J’étais sur le ballon de grossesse mais la position ne m’aidait pas du tout, idem debout penchée en avant contre la table, je sentais mon ventre tellement lourd, c’était très désagréable.

François a poussé le canapé au fond de la pièce, installé la piscine d’accouchement, posé un matelas au sol et allumé la guirlande lumineuse pour une ambiance cocooning. Je suis me allongée avec le coussin d’allaitement, j’étais beaucoup mieux. A chaque contraction je me recroquevillais sans me crisper et je respirais. Je visualisais une vague qui vient et qui repart, avec mon bébé au milieu de l’eau, j’ai fait ça pour chaque contraction, jusqu’à la fin, ça m’a beaucoup aidé. Magalie est arrivée vers minuit, peu de temps après Pascale. J’étais aux toilettes et je venais de perdre du sang, elles m’ont rassuré : c’est le col qui travaillait. Elles se sont installées sur le canapé avec François et me regardaient gérer mes contractions, les filles avaient besoin de savoir combien de temps elles duraient, ainsi que la régularité. Je sentais François mal à l’aise avec le fait de ne rien faire, il est venu avec moi pour me câliner et me masser le bas du dos. Une demie heure après, Magalie l’a rejoint et me mettait un gant d’eau chaude sur le bas du ventre, à chaque contraction. La sensation du chaud et l’appui sur le bas du dos m’ont aidé à supporter l’intensité des contractions. Je visualisais toujours mon bébé dans les vagues, et chaque vague me rapprochait de lui. Moi qui avait peur de ne pas lâcher prise, j’ai très bien réussi, j’étais dans un autre monde. Entre chaque contraction, je mettais un plaid sur moi car j’avais froid et j’arrivais à me reposer. Je me suis même endormie à plusieurs reprises, réveillée ensuite par une nouvelle contraction. Looping (notre chienne) venait souvent me voir, elle soulevait le plaid et sentait mon ventre. Vers 1h45, Pascale a écouté ton cœur, tout allait bien, tu as eu le même rythme cardiaque pendant tout le travail. Je me souviens qu’elle m’a dit un peu plus tard « c’est bien, ton bébé n’est pas inquiet, il a confiance en toi ». Plus les contractions s’intensifiaient, plus j’étais dans une bulle avec toi, mon bébé. Tout ce qui suit est assez flou.

Je me souviens avoir dit que les contractions étaient de plus en plus douloureuses, je commençais à me crisper. Magalie m’a beaucoup aidé en me soufflant doucement à l’oreille « laisse la te traverser, ne résiste pas », j’arrivais ensuite à me détendre. Voyant que je verbalisais de plus en plus la douleur (François et Magalie m’ont raconté que je disais « celle là elle a piqué fort ! », je m’en souviens pas !), Pascale a examiné mon col mais elle ne m’a rien dit. Je l’ai vaguement entendu dire à François « rempli vite la piscine, il va falloir la soulager », il était 2h30. J’ai senti de l’agitation autour de moi, François était moins présent, je me suis sentie assez seule pendant un moment. Magalie est revenue avec moi, elle m’a caressé le bras en me disant que mon col était dilaté à 9. Je me suis relevée d’un coup en la regardant, j’étais très étonnée ! Cette nouvelle m’a fait sortir un instant de ma bulle. Les contractions suivantes étaient de plus en plus douloureuses. Je savais que la piscine était la prochaine étape et j’avais hâte. J’entendais Pascale dire à François « non c’est trop chaud », et je me souviens avoir pensé « mais ils vont se magner, je souffre ! ». J’ai enfin pu aller dans la piscine, il était 3h15. Quand je suis rentrée, la sensation de chaud m’a soulagé immédiatement, mais s’en est suivi un gros inconfort pour la première contraction dans l’eau. Je ne savais pas du tout comment me mettre, Pascale m’a guidé et François s’est installé avec moi sur le côté de la piscine, j’étais heureuse de le retrouver. C’est dans la piscine que j’ai senti le réflexe de poussée, c’était incontrôlable. Mes premières poussées n’ont pas été efficaces parce que je ne respirais pas avec mon ventre pour pousser mon bébé vers le bas, je laissais partir l’air comme quand je gérais les contractions allongée sur le côté le matelas. J’ai eu du mal à comprendre ce que me disais Pascale, et puis j’ai réussi à pousser efficacement. Elle m’a invité à mettre mes doigts pour te sentir, je sentais ta tête, et à chaque poussée, je te sentais remonter dans mon ventre, c’était frustrant. Je suis restée 30 min dans la piscine et Pascale m’a demandé de sortir en me disant que je pousserai mieux accroupie. J’ai tenté de négocier mais elle m’a dit que l’eau était trop froide pour que mon bébé naisse dedans, je n’ai plus hésité et je suis sortie. Il était 3h45. François s’est installé derrière moi et me soutenait le corps. J’ai senti sa présence et tout son amour pour nous deux, il était très concentré. Le réflexe de poussée est revenu très vite. J’ai ressenti cette sensation sur l’anus. J’ai répété à plusieurs reprises que j’avais peur de faire caca ! Ce sont les seuls instants où j’étais complètement lucide ! Je t’ai senti te poser sur mon périnée, avec les picotements et les brûlures décrites dans les livres (à cet instant, j’étais heureuse de m’être documentée parce que je savais où j’en étais : le cercle de feu !). Ce n’était pas une sensation agréable, mais elle était loin d’être désagréable. Je sentais mon corps s’ouvrir pour t’accueillir, j’étais fière. Quand je me suis entendue dire « je ne vais pas y arriver, c’est trop dur », je savais que c’était la fin, la fameuse phase de désespérance. J’allais enfin te rencontrer, mon bébé, notre bébé. Pascale m’a proposé de toucher entre mes jambes, tu étais là, je sentais ta petite tête et tes cheveux. Je me suis mise à pleurer en disant « oh mon bébé, il est là ». Je me souviens avoir regardé l’heure, il était 4h09, à 4h13, tu étais devant nous. J’ai poussé deux fois et ta tête est sortie avec une sensation d’ouverture intense puis un soulagement immédiat. J’ai continué de pousser et ton corps est sorti en une fois. Cette sensation, j’ai du mal à mettre des mots dessus. Te sentir sortir de mon ventre, puis de mon corps, c’était juste dingue.

Tu étais là, devant moi sur l’alèse. Tu as commencé à bouger et à crier. Je ne me souviens pas avoir pleuré, je répétais « oh mon bébé, c’est mon bébé, j’ai réussi », en regardant ton père qui était en larmes. C’était un moment merveilleux que je garderai en mémoire toute ma vie. J’étais toujours sur le siège d’accouchement et je t’ai pris dans mes bras, contre moi, tu paraissais sereine. Tu n’as pas beaucoup pleuré et tu nous regardais avec tes yeux déjà bien ouverts. Tu as rampé et tu as commencé à téter. Avec ton père on t’admirait, et au bout de 20 min, il m’a demandé si j’avais vu ton sexe… Non ! Je n’y pensais même pas ! Magalie et Pascale ont rigolé parce qu’elles avaient vu elles. Je t’ai levé et nous avons poussé le cordon qui cachait ton sexe ! UNE FILLE ! Au fond de moi, je le savais, mais je n’osais pas le dire : il faut que j’apprenne à me faire confiance et à suivre mon instinct. Après une petite demie heure, j’ai poussé une nouvelle fois et ton placenta est sorti. Les filles ont dit qu’il était parfait, bien rond ! Pascale l’a examiné et en a prélevé un peu pour faire la teinture mère pour te soigner tout au long de ta vie. Magalie a pris le reste dans une glacière pour faire l’empreinte sur une toile. Tu es restée 2h en peau à peau avec moi, tu as tété tout le long. Ton papa a coupé le cordon qui nous reliait, au bout de 45min. Pascale m’a fait toucher le cordon pour voir qu’il ne battait plus, il était gluant et très rigide. Je ne savais pas si je voulais le garder quand Magalie m’en avait parlé mais le sentir battre entre nous juste après ta naissance m’a fait dire oui, c’était tellement émouvant de sentir cette vie et ce lien entre nous. Au bout de 2h, Pascale t’a mis en peau à peau avec ton papa, pour me faire des points. C’était drôle d’entendre des compliments sur cette partie de mon corps, elle disait que j’avais une déchirure parfaite. Je me suis entendue dire que c’était un accouchement parfait, que j’avais très bien géré mes contractions, à tel point que Pascale pensait que j’étais à 4-5 de dilatation quand elle m’a examiné, elle pensait s’être trompée quand elle a senti que j’étais à 9 ! Magalie m’a dit que c’était la première fois qu’elle assistait à un accouchement aussi zen et serein. Elles se sont accordées à dire que j’étais « une dure au mal ! ». A 7h30 nous n’étions plus que tous les trois et nous nous sommes couchés sur le matelas, c’était fait. Ton papa s’est écroulé de sommeil et moi j’ai pleuré de joie. J’avais réussi. Je peux te le dire ma fille, je suis fière de moi, de toi, de nous, nous avons formé une sacrée équipe toutes les deux. Je n’arrivais pas à dormir, je vous ai admiré un long moment, remplie d’amour pour toi et pour ton papa.

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