[Témoignage] : la naissance de Liv, à la maison

Tu étais mon Kinder Surprise, ce troisième enfant conçu en Grèce après une grossesse extra utérine. Ce bébé désiré avec une part de mystère souhaitée, mon bébé, nous ne saurons ton sexe qu’à la naissance. En attendant, j’ai 9 mois pour profiter de notre unité corporelle, de notre symbiose, et ça n’est pas toujours chose facile, parce que les échographies révèlent des mesures qui ne rentrent pas dans la norme. 2 composants de ton cerveau devraient avoir une forme plus harmonieuse et des mesures qui rentrent dans la case de la normalité. Je suis sereine, positive, je SAIS que tu vas bien, et je le SENS. Tes mesures t’appartiennent et ne nous inquiètent pas le moins du monde avec ton papa. Oui mais voilà, les médecins angoissent, on parle de toi à l’unité anténatale de Nîmes, on me force la main pour des échographies supplémentaires, et surtout, on me propose l’IMG. Auprès de moi, qui ait pleuré 3 bébés partis trop tôt, on insiste pour que je te tue, alors que je n’ai de cesse de répéter que ces mesures ne signifient rien dire pour nous. La médecine a-t-elle encore assez d’humilité pour admettre que la technique ne fait pas tout ? Est faillible ? La médecine a-t-elle encore assez d’humanité pour reconnaître la valeur de la vie, quand bien même elle n’a pas de prix ? Il faudra que ton père, qui jusque-là ne pouvait pas m’accompagner en raison du covid, puisse enfin être présent au déconfinement pour que je puisse être entendue. Nous te garderons, tel que tu es, car tu es parfait, aimé et désiré. Je me demande aussi, comment se fait-il que la parole de ton père ait eu plus de valeur que la mienne ? Ah oui, l’infantilisation des femmes, assez récurrente de la part d’un corps de métier réputé patriarcal… Mais passons. Enfin débarrassée de ce suivi anxiogène, où leurs angoisses n’étaient pas les miennes, je profite de mon dernier trimestre, bien que fortement endolorie (sciatique, cruralgie, pubalgie…) je vieillis ! D’autres éléments sont venus me déstabiliser durant ce dernier trimestre, mais je les tairais. Je me contenterais de rappeler que choisir d’accoucher à la maison est un combat. Un combat face à l’offre de soin dans notre pays, et surtout, face aux professionnels de santé qui, en grande majorité, sont désinformés sur le sujet, et remplis de mépris à l’égard de ceux qui font le choix de ne pas se soumettre à leurs pratiques archaïques et déshumanisées. J’ai serré les dents, au rdv d’inscription à l’hôpital, duquel je suis ressortie en pleurant, attaquée par la méchanceté pure. Comment se prétendre soignant quand on souhaite le mal aux gens ? Plus j’ai été agressée, alors que je n’étais pas en position de vulnérabilité, et en pleine capacité de me défendre, plus j’ai été poussée dans mon choix de me préserver et de rester chez moi. Mon bébé, ce monde est cruel, ce monde est fou, et tant qu’il est possible de rester protégés dans notre nid douillet, nous resterons chez nous, envers et contre tout. C’est d’ailleurs dans ce souci de paix, qu’avec ton papa nous avons choisi de préparer ta naissance juste entre nous, juste en famille.

Le 6 août, tu étais prêt mon bébé, tu t’es décidé à venir, et les premières contractions se sont fait ressentir vers 2h du matin. Ta plus jeune tante est à la maison, c’est à elle que nous avons confié la responsabilité de tes sœurs en cas de transfert à l’hôpital. L’ayant entendu se lever, je lui dis que tu arrives avant de l’annoncer à ton papa, car ton papa dort trop profondément pour s’être réveillé à mes sollicitations. Comme pour ta sœur, dès qu’il a entendu que j’annonçais ton arrivée, il s’est levé en sursaut et sautait presque de joie ! Les premières contractions sont surprenantes d’intensité pour un début, mais je me réjouis, mon bébé, c’est l’heure de se rencontrer ! Je ressens des vagues toutes les 10 min, j’appelle la photographe qui nous offre sa présence et l’immortalisation de ta venue sur Terre. C’est le moment qu’à choisi la technologie pour nous lâcher, nous tombons sur sa messagerie, elle ne reçoit pas nos appels, et je commence déjà à ressentir des contractions toutes les 4 minutes. A ce stade, je crois naïvement que mon travail va être rapide ! Le temps passe, 2h précisément, et le rythme ralenti, mais Sabrina, notre photographe décroche enfin, elle sera finalement des nôtres ! O joie !!!!! Son arrivée accroît le niveau d’enthousiasme et d’effervescence dans la maison. Tout est installé : les draps et sur draps sur le lit, la bâche au sol, la lumière tamisée, l’humour pourri de ton père, ta sœur Ezer qui dort comme une bien heureuse sur son lit au sol à côté du nôtre, ta tante qui attend ton apparition avec une impatience timide… Une ambiance si spécifique à la naissance dans l’intimité du domicile, un moment hors du temps dans le quotidien à peine chamboulé. Je continue de gérer mes contractions, anarchiques, mais qui s’intensifient, pendant que ton père se rendort comme un vaillant héros. Je ne sais plus quelle heure il est, mais je sens que la chambre ne correspond plus à mes envies, je préfère aller marcher dans mon salon, où le jour se lève, tandis que ma sœur s’en va chercher les chocolatines toutes chaudes à l’ouverture de la boulangerie. En son absence, les contractions s’intensifient et se rapprochent, et je perds mon appétit. Je me mets automatiquement dans ma bulle et oscille entre le sommeil, l’ivresse des hormones et les vagues qui me traversent. J’ai la sensation intérieure que c’est lent, mais chaque contraction que j’accompagne me fait penser qu’elles sont d’une efficacité redoutable au vu des sensations qu’elles me provoquent. Mon corps ne sait plus comment se mettre, il est perturbé dans son sommeil par des tremblements que je ne peux contrôler, l’intensité des contractions est telle ! J’ai chaud, j’ai froid, je veux rester couchée, mais je suis aussi bien accroupie, je crie, je hurle, la douleur me submerge. J’entends tes sœurs se lever, chouette, elles te verront naître ! Elles ont bien compris ce qui se assent et me laissent dans ma bulle, en petit déjeunant au fond du salon où nous sommes tous. Je n’ai pas reconnu de suite la phase de latence, je n’ai pas senti la phase de désespérance s’installer, les contractions ne me semblaient pas si rapprochées. Et pourtant, elles me clouaient au sol, me terrassaient par leur déchainement. Je n’ai pas eu peur une seule seconde, mais j’ai cru mourir, je ne pouvais pas supporter plus de douleur. Ce tourbillon était au-delà de tout ce que j’avais pu endurer, je n’aurais pu encaisser un seuil supplémentaire de douleur. Mon bébé, tu étais encore haut dans mon bassin, quand j’ai senti que j’allais souffler et accompagner une contraction pour voir si tu descendrais. En 1 seule contraction, tu t’es engagé, tu es descendu par le canal de naissance, tu as fait apparaître ta tête et tu es venu nous rejoindre. Ce fût, pour toi comme pour moi, d’une extrême violence. J’ai eu la sensation qu’un rocher s’écroulait de mon estomac jusqu’à mes genoux, sans laisser à mes tissus le temps de s’étirer. La douleur fût si vive, si intense que j’en ai eu le souffle coupé, comme asphyxiée. J’ai senti mon corps encaisser la violence de ton passage sans pouvoir contenir ou ralentir quoique ce soit, ma chair s’écarteler et brûler sous ton poids. Dès lors que tu étais des nôtres, la délivrance que j’ai ressentie m’a assommée. J’ai repris mon souffle et mes esprits, avant de te prendre dans mes bras, toi qui exprimait déjà par des pleurs la violence que tu venais de vivre de ton côté. Tu es née tellement vite, en un éclair, de façon si explosive, que ta tête était parfaitement ronde, intacte. Je t’ai attrapée, je t’ai posée contre moi, et je suis tombée amoureuse. On l’a fait mon bébé, on l’a fait ! Viens contre moi, viens contre ma peau, réchauffe toi, remets toi, apaise toi. Oh, mais que vois-je ? Tu es une fille ! Bonjour Liv ! Je t’ai emmitouflé dans un plaid, je t’ai écouté pleuré de longues minutes en étant moi-même dans les vapes… Oui mon amour, c’est difficile de naître. Viens, on prend le temps toutes les deux. J’essaye de bien m’installer, de veiller à ne pas avoir froid, je tente de te mettre au sein pour t’apaiser et évacuer le placenta et visiblement, toi et moi, on forme une bonne équipe. Mon placenta sort à une vitesse aussi impressionnante que toi, il n’y a plus qu’à profiter ensemble. Papa a veillé à la justesse de l’heure de ta naissance (8h31), tes sœurs se sont rapprochées pour te découvrir, tout le monde s’affaire avec discrétion à prendre des photos, nous installer, répondre à nos besoins et prendre soin de nous. Une fois remises toutes les deux de nos émotions, j’ai mangé un peu, puis nous avons clampé ton cordon, et enfin, nous t’avons pesée et mesurée. Je ne saurais même pas raconter les choses dans l’ordre ou avec leur véritable chronologie tant je me suis laissé porter, et que nous avons tout fait en prenant le temps, dans la douceur et la spontanéité. Mais ce que je sais, c’est que je n’oublierai rien, pas même la première tétée en tandem avec Ezer, qui en a profité pour faire connaissance avec toi, et qui a officiellement entamé notre aventure lactée en co-allaitement ! La joie était palpable ce matin-là, tout le monde avait des étoiles dans les yeux et Méryl a remercié Dieu pour le cadeau que tu es.

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