[Témoignage] : l’accouchement à la maison de Laure

Le 04 juin 2019

Mon petit chat,

Ce matin, deuxième réveil nocturne pour aller faire pipi comme c’est la norme depuis plusieurs semaines/mois maintenant déjà. Il est aux alentours de 05h40, je sens une petite douleur de règles dans le bas ventre mais je me recouche et me rendors facilement.

06h23, je suis réveillée par un drôle de liquide chaud sur mon sein. Je m’éclaire avec mon téléphone et vois cette petite coulée jaunâtre s’écouler de mon téton ! Le fameux colostrum que je découvre pour la première fois ! Cela me fait rire d’avoir été réveillée par ça et je décide de prendre une photo pour montrer à papa quand il se réveillera. J’aurai pu lui montrer là (je sais qu’il a le sommeil léger depuis plusieurs nuits, il est à l’affût du moindre signe de ta venue) mais ma petite voix intérieure me dit de le laisser sagement dormir.. Et c’est cette même petite voix qui me dit… « et si c’était aujourd’hui ??! » 
Je télécharge l’application « contractions » pour calculer leur durée et leur fréquence.
Je retourne faire pipi et en profite pour faire quelques photos devant la glace de mon gros bidou en me disant que c’est peut-être la dernière fois.. J’ai envie de pleurer d’excitation et de joie !

07h41, c’est au tour de mon sein droit de laisser échapper une goutte de colostrum. 
Les contractions se poursuivent de manière légères et je continue de les enregistrer dans l’application.
La lumière de mon téléphone réveille papa qui me demande ce que je fais. Je ne sais quoi lui dire pour ne pas le (sur)exciter. J’opte pour « je crois qu’il se passe quelque chose dans mon corps… » et lui montre l’enregistrement de mes contractions et les photos du colustrum. Je perçois son excitation mais il reste très calme en surface. Nous restons tous les deux au lit curieux et excités de découvrir la suite…

08h22, j’envoie un petit message à N. notre sage-femme pour la prévenir que j’entre sûrement en travail. Elle me répond que cela ne ressemble pour l’instant qu’à des contractions de fin de grossesse.
Un peu déçus, nous restons vigilants mais gardons à l’esprit que ce ne sera finalement peut-être pas pour aujourd’hui..

08h30-16h30
La journée poursuit son cours. Nous tentons de regarder un épisode de notre série pour passer le temps mais mes contractions régulières nous obligent à mettre pause trop souvent. Finalement, papa passera l’après-midi sur son bureau à réparer son iPhone et moi près de lui, sur mon ballon d’accouchement, Chocolat [notre chien] à mes pieds. Dès que je sens une contraction arriver, je prend une grande inspiration et souffle un bon coup, tout en te parlant « c’est bien mon bébé, on fait du bon boulot !! »
Et entre chaque contraction tout redevient à la normale, je discute, marche, mange,.. comme si de rien était !

16h40, les contractions commencent peu à peu à s’intensifier. Si jusqu’à maintenant je les qualifiait de « légères » ou « moyennes » sur l’application, il m’arrive maintenant d’en noter des « fortes ». Quand celles là arrivent, mon premier réflexe est de dire/penser « aaaah j’ai mal, je ne sais pas comment me mettre… » puis tout de suite, en conscience, je me reprends : on respire profondément, « Allez c’est bien mon bébé, on fait du bon boulot. »

17h46, je décide de prévenir N.
« Les contractions sont maintenant plus intenses et plus longues. »
« Bien 🙂 »

N. m’appelle, on discute un peu. Elle me propose de prendre un bain pour calmer un peu la douleur, ce que j’essaie. Mais je trouve ça assez vite inconfortable. L’eau ne m’apaise pas tant que ça et je ressens le besoin de me lever et de me soutenir à papa à chaque contraction. Je décide donc rapidement de sortir et de regagner la chambre.

19h14, Les contractions sont maintenant bien rapprochées. J’envoie une copie du tableau à N. qui m’informe qu’elle partira d’ici 15min. 
En attendant, on développe une nouvelle technique avec papa : je m’agrippe à lui avant bras contre avant bras et on effectue un mouvement de petit balancier. Ça m’aide beaucoup et je continue de te parler. L’air de « City of stars » raisonne dans la chambre et on improvise même une petite danse, sourire aux lèvres.
Quand les contractions se font vraiment très fortes, je me suspends à papa (toujours avant bras contre avant bras) en m’accroupissant au maximum. Ça me soulage bien.

N. arrive et papa part lui ouvrir. 
Je prend le ballon d’accouchement en substitut le temps que papa l’accueil et mette Chocolat dehors (il était très calme jusqu’à présent mais l’arrivée de N. l’a agité et je préfère qu’il nous laissent seuls).
N. profite que je sois sur le ballon pour écouter ton cœur avec le Doppler (un petit appareil conçu pour cela). Tout va bien. Elle propose de m’examiner pour voir où j’en suis, ce que j’accepte, curieuse de savoir ce que tout ce travail a donné. Verdict, je suis à 5cm. Pas mal, j’ai fais plus de la moitié du chemin et jusqu’à présent tout à été assez facile ! Allez, on continue comme ça !

Papa revient et nous reprenons notre position bras tendus, jambes pliées/accroupies. N. elle, me maintient le ballon d’accouchement dans le dos pour me faire un appui supplémentaire.

20h45 : Entre deux contractions, je perçois une tache sur le parquet. C’est le bouchon muqueux que je viens de perdre! N. nettoie et installe une petite alèse sur le sol.

Mes bras commencent maintenant à fatiguer. N. me propose alors d’essayer une nouvelle position : à quatre pattes sur le lit avec le ballon face à moi. Cela me permettra de relâcher mes membres entre chaque contraction.
Cette nouvelle position me convient bien et je m’endors presque entre chaque vague. Je n’ai aucune idée du temps qui passe, si ces siestes durent quelques secondes ou minutes. Mon seul repère temporel est la nuit qui commence peu à peu à tomber.

C’est drôle, avec tous ces récits d’AAD que j’avais lu, j’avais prévu les bougies et autres veilleuses pour créer une ambiance tamisée. Mais finalement, je n’ai pas pensé une seule seconde à les utiliser. Mon travail a naturellement suivi le rythme de la journée et cette ambiance tamisée s’est naturellement créée au fil du travail. De même, je pensai réquisitionner ton père au max pour profiter de massages des pieds, du dos… Moi qui suis de nature tactile et aime normalement beaucoup ce genre d’attention, au final, je ne supporte pas qu’il me touche et même sa main posée sur mon épaule ou ses mots rassurants lorsqu’il m’apporte de l’eau m’insupportent. Je reste polie mais lui fait comprendre que je ne veux pas être touchée.

21h48 : N. me demande si elle peut à nouveau écouter ton petit cœur. Ok tout est parfait. Je suis soulagée qu’elle ne réexamine pas mon col à nouveau. Je préfère ne pas savoir techniquement où j’en suis et continuer simplement de laisser faire mon corps.

22h37 : N. me prévient « la prochaine contraction risque d’être plus longue et plus intense. » C’est fou cette capacité qu’elle a à viser juste! Voici venue la première « poussée instinctive ». Je pousse un gros son grave. N. me dit que j’ai très bien compris comment il allait falloir les gérer.

Intérieurement, je commence à me réjouir. Qui dit poussée dit fin en approche !! Enfin c’est ce que je croyais.

N. est très encourageante sur chaque poussée. « C’est bien Laure, continue comme ça c’est super ! » 
Chaque poussée est si intense et N. si encourageante que j’ai l’impression de te faire descendre assez rapidement, bien comme il faut !

23h37 : N. me dit que tu ne descends pas autant que tu le devrais… Elle m’examine alors pour voir ce qui te retiens : un bourrelet de col et de muqueuse qui empêchent ta tête de progresser. N. m’explique alors qu’à présent elle m’aidera à chaque poussée en remontant le bourrelet avec ses doigts. Elle me dit aussi que nous allons prendre le temps de bien laisser remonter bébé entre chaque poussée pour masser en profondeur mon périnée et éviter toute déchirure.

« Prendre le temps »… ce que ce temps me paraît long !! Moi qui croyait en avoir bientôt fini, je commence à fatiguer. Sur l’une des poussée, N. m’encourage en me disant qu’on commence à voir tes cheveux !! Sur celle d’après, elle m’invite à mettre ma main pour sentir ta petite tête. Mais là, grosse déception. Moi qui pensais te sentir à l’entrée de mes lèvres je m’aperçois qu’en fait tu es encore bien loin. Je sens un petit truc visqueux et mou loin dans mon vagin et cela me désespère. Je croyais que tu étais bien plus proche que cela..

00h37 : Après mes bras ce sont maintenant mes jambes qui fatiguent. Cela fait deux heures que je suis à genoux et je commence à ne plus tenir la position. N. m’invite alors à me mettre sur le côté mais les poussées sont inefficaces et je me couche finalement sur le dos, une jambe posée sur sa cuisse et l’autre soutenue légèrement en l’air par ton papa.

Les poussées se poursuivent, la fatigue aussi. « J’en peux plus.. je suis trop fatiguée… » sont les pensées qui me viennent et les mots que je laisse une fois ou deux m’échapper. Mais je m’interdit de les verbaliser davantage. Si je les verbalise, cela deviendra encore plus réalité et mon corps finira lui aussi par se décourager. Non, je chasse ces pensées, je vais y arriver.

A présent, tu ne remontes plus entièrement entre chaque contraction. Je sens ta tête qui reste au niveau de mon vagin. Cela fait un peu mal mais je sais que c’est encourageant, on se rapproche de la sortie.

En effet, je sens dans l’intonation de N. (et dans les petits bruits émus de papa) que tu pointes maintenant bien plus le bout de ton nez !! N. m’encourage à pousser fort fort fort pour te faire sortir. Aaaaaaaahh voilà le fameux « cercle de feu » !!! Cette sensation de brûlure intense au passage de ta tête ! C’est impressionnant, ça brûle vraiment beaucoup mais je sais que je ne dois rien lâcher. Ça y est la tête est passée !! Une épaule, un bras.. N. te réceptionne et en quelques instants te voilà toute chaude et visqueuse sur moi. « Oooohhhh mon bébééééé, mon bébééééé » je fonds en larmes en te serrant contre moi. Il est 01h27.

Papa pleure un peu aussi. Nous nous serrons tous les trois dans les bras, nous sommes tellement émus.

Oh mais au fait, le sexe ?! N. regarde : « c’est une nenette ! ».
Mais noooon mon chaton c’est pas croyable, tu es une petite fille !! Nous qui étions persuadés d’attendre un garçon. Ma petite chérie.. ❤️

En tirant légèrement sur le cordon, N. sent le placenta se décrocher « Désolée c’est un peu tôt après ces émotions mais essaie de pousser, le placenta est en train de se décoller! » 
En deux poussées légères le voilà expulsé. Papa coupe ton petit cordon que N. laisse volontairement long (sa technique personnelle pour le faire tomber plus rapidement !)

Elle t’examine rapidement, tu es en parfaite santé. On te pèse à l’aide d’un lange et d’une balance servant normalement à peser les poissons ! Tu pèses 3,340kg. Pour la taille, on verra demain car tu es recroquevillée et on ne veut pas t’embêter.

Je te mets au sein à l’aide de N. pour la première tétée. Tu es si belle, avec un si beau teint, des petits cheveux si parfaits (pile comme j’aime en quantité !), des beaux et grands yeux bleus…

Ça y est c’est incroyable tu es parmi nous mon bébé.

Nous n’avons pas encore choisi ton prénom. Nous avions quelques favoris mais nous n’étions pas vraiment décidés.

N’arrivant pas à trouver le sommeil, je regarde la signification de l’un d’eux sur internet : « Léonore, du latin lenire, « apaiser (une douleur) », ou de l’arabe ellinor, « Dieu est ma lumière ». »

Ces significations me parlent particulièrement et cela plait à papa également.

Bienvenue parmi nous ma petite Léonore chérie.

Laure.

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2 commentaires sur « [Témoignage] : l’accouchement à la maison de Laure »

  1. Je viens de tomber au hasard sur votre blog et je trouve votre témoignage formidable. Je vous souhaite beaucoup de bonheur !
    Fanny, maman d’Andréa 5 ans et Roméo 20 mois

    J'aime

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