Le sommeil de l’enfant : et si les réveils nocturnes étaient en fait normaux et sains ?

« Tout enfant en bonne santé dormira parfaitement un jour ou l’autre, pourvu que l’on ne touche pas à cette évolution naturelle »

Dr Rosa José

Dans cet article, je vais traiter de la réalité du sommeil des bébés d’un point de vue scientifique. Je ne vous donnerai pas de recettes toutes faites pour que votre bébé fasse vos nuits, mais je vous expliquerai plutôt pourquoi il est absolument normal qu’un bébé, et même un bambin, ne dorme pas toute la nuit comme un adulte (et puis, un adulte le fait-il vraiment ?).

Dans cet écrit je m’appuie en grande partie sur le livre Dormir sans larmes, de Rosa Jové, pédopsychiatre et spécialiste du sommeil. Ce livre est une véritable bible du sommeil, avec une approche bienveillante de l’enfant respectant sa biologie et sa nature. Il nous rappelle qui nous sommes, des mammifères. Il nous rappelle aussi comment nous sommes biologiquement censés nous occuper de nos bébés pour pleinement répondre à leurs besoins : par le maternage ou paternage (ou bien encore parentage) proximal. Je le conseille à tout parent ou futur parent pour comprendre ce que vous vivez ou ce que vous vous apprêtez à expérimenter à l’arrivée de votre enfant.

Dans un premier temps, il est essentiel de comprendre que le sommeil est un processus évolutif. Pour Rosa Jové, « tout enfant bien portant, même s’il connaît des réveils fréquents, ou des difficultés au moment du coucher, apprendra un jour ou l’autre à dormir comme il faut ». Le sommeil adulte n’est donc pas acquis dès la naissance, mais prendra des années à s’installer. Les changements sont progressifs voire imperceptibles tout au long de notre vie. Un bébé ne dort pas comme un jeune adulte. Une personne âgée ne dort pas non plus comme un adulte plus jeune. Le sommeil est en fait en perpétuelle mutation.

En quoi le sommeil de l’enfant est-il différent de celui de l’adulte ?

Les phases du sommeil adulte :

Le sommeil de l’adulte comprend différentes phases :

  • 1- La veille : c’est le temps éveillé soit en veille active (apprentissage, travail) ou en veille passive (lire un livre, regarder la télévision).
  • 2- Le sommeil calme, ou sommeil lent qui comprend plusieurs phases:

La phase I : celle de l’endormissement avec les yeux qui se ferment, les muscles qui se relâchent.

La phase II : le sommeil léger. Nous dormons mais un bruit peut suffire à nous réveiller. Les phases I et II représentent 50% du sommeil de l’adulte : environ 4 heures.

La phase IV : La phase III n’est qu’une étape de transition qui ne diffère pas beaucoup de la IV. Dans cette phase, la respiration et le rythme cardiaque se stabilisent. Nous pouvons encore bouger mais les muscles sont détendus et l’esprit est assoupi en profondeur.

  • 3- Le sommeil paradoxal, ou sommeil actif : dans cette étape, les yeux bougent alors que le reste du corps est immobile (atonie musculaire). Il y a une « déconnexion entre le cerveau, en pleine activité et le corps inerte » (R. Jové). C’est pendant cette phase que nous rêvons.

Le sommeil chez l’enfant

Le sommeil du foetus

Les enfants commence à dormir dès la période prénatale. Au troisième trimestre de la grossesse, le fœtus connaît des phases de veille. Aucun enfant a besoin d’apprendre à dormir puisqu’il le sait déjà en naissant.

Il existe deux types de sommeil chez le fœtus : le sommeil actif (futur sommeil paradoxal), et le sommeil calme (futures phases I, II, III, IV).

Il faut savoir que le sommeil du fœtus est indépendant de celui de sa mère. Que la mère se repose, dorme ou soit active cela n’influe en rien sur les rythmes de sommeil de son bébé.

D’après Rosa Jové, les bébés sont souvent beaucoup plus agités entre 21 heures et minuit, probablement en lien au taux de glucose dans le sang de la mère et au cortisol. Ce rythme disparaît à la naissance. Avant de naître le bébé dort environ 25% de la journée en sommeil calme, et 60 à 70% en sommeil actif (futur sommeil paradoxal).

Le sommeil du bébé entre 0 et 3 mois

Ainsi, les bébés naissent en sachant dormir, puisqu’ils dormaient déjà dans le ventre de leur maman. Ils n’ont pas besoin qu’on leur apprenne comment dormir, c’est déjà en eux. A cette période les bébés dorment entre 14 heures et 20 heures par jour.

Comment sont les phases du sommeil du nouveau-né ?

  • Le sommeil du jeune bébé comprend un pourcentage plus élevé de sommeil paradoxal que chez l’adulte. Il débute même directement en sommeil paradoxal. Durant cette phase le cerveau intègre tous les apprentissages et continu à travailler même en dormant. Ce rythme l’aide donc à développer son esprit.
  • Il est aussi biphasique. Il ne comporte que deux phases : le sommeil actif (futur paradoxal), et le sommeil lent. Voilà pourquoi le bébé se réveille régulièrement, et pour manger. Nous sommes ici dans la physiologie du rythme des bébés. Ces réveils fréquents ont un autre rôle important : celui de stimuler la lactation de la mère. Les réveils fréquents existent aussi pour que l’enfant interagissent avec son environnement petit à petit. Cela développe son cerveau, son esprit. Puis devant un trop-plein de stimuli le nouveau-né déconnecte et se rendort.
  • Le sommeil du nouveau-né est ultradien : ne fait pas la différence entre le jour et la nuit. Le bébé se réveillera donc aussi la nuit pour se nourrir.
  • Il est aussi polyséquentiel, il se répartit en séquences tout au long de la journée, contrairement à celui de l’adulte qui est monoséquentiel (dormir que la nuit). Ce rythme existe afin que le bébé ait toujours la ou les personnes qui s’occupe(nt) de lui à ses côtés.

Il faut savoir que les nourrissons ont besoin de se nourrir régulièrement pour éviter les hypoglycémies et pour se développer pleinement. L’allaitement se fait toujours à la demande, tout comme l’alimentation au biberon. On ne contrôle jamais les tétées, seul le bébé connaît ses besoins. Les si jeunes bébés se réveillent donc régulièrement pour manger. Si le bébé dormait en continu comme l’adulte, cela serait même dangereux pour sa croissance et sa santé (pas de prise de poids, manque d’hydratation notamment). Il est d’ailleurs essentiel de proposer le sein dès les premiers signes d’éveils lorsqu’on allaite, sans attendre que bébé pleure (les pleurs sont le derniers signes pour manifester sa faim, voir photo ci-dessous).

Les signes d’éveil du nouveau né
Leche League France

Ainsi, la majorité des parents constateront que leur bébé demande une attention constante, et nécessite d’être toujours en éveil et alerte. Par exemple, lorsque vous posez votre bébé venant de s’endormir dans vos bras, il y a de bonne chance qu’il se réveille immédiatement ou au bout de 15 à 30 minutes. Alors que si vous l’aviez laissé contre vous, il aurait certainement dormi beaucoup plus longtemps. Ce phénomène est totalement normal, et la plupart des parents l’expérimente !

Dans son livre, Rosa Jové donne deux exemples rigolos pour comprendre ces mécanismes physiologiques du sommeil et les besoins du tout petits. Voici un petit résumé :

Dans la scène 1, à l’âge de pierre, deux bébés sont avec leurs mamans dans la forêt. Les petits se sont endormis, leurs mamans décident de les poser pour travailler plus légères. Elles improvisent un petit lit sur le sol. Au bout d’un moment, les bébés se réveillent et pleurent. Une des mamans prend son petit dans ses bras en se précipitant; la seconde maman fait la sourde oreille, alors que la plupart des prédateurs qui vagabondent aux environs dressent l’oreille. A votre avis, lequel des bébés a le plus de chances de survivre ?

Dans la scène 2, toujours à l’âge de pierre, deux bébés sont avec leurs mamans en forêt. Les petits se sont endormis, leurs mamans décident de les poser pour travailler plus légères. Au bout d’un moment, le premier bébé, qui est du genre agité et goinfre se réveille en pleurant. Sa mère accourt, le prend dans ses bras, le nourri, et le recouche. Au bout de plusieurs réveils, sa mère décide de le garder contre elle en portage. L’autre bébé, qui est au contraire du genre à ne pas rouspéter quand il se réveille, reste plusieurs heures sans voir sa maman qui continue à travailler dans la forêt en s’éloignant. Une meute de loup attirée par le bébé décide alors de s’offrir un bon casse-croûte. A votre avis, laquelle des deux mères a le plus de chance d’être grand-mère un jour ?

J’adore ces deux images tellement parlantes et criantes de logique. Pour l’autrice, nous sommes clairement les descendants des bébés n°1. Les bébés continuent sur les traces de nos ancêtres dans le but de survivre mais aussi pour s’assurer de recevoir la protection de ceux qui s’occupent d’eux. Ceci est inscrit dans nos gènes. Les êtres humains appartiennent à une espèce ne pouvant pas être autonome à la naissance. Le bébé humain a besoin des soins d’un tiers pour survivre, généralement la mère. C’est ainsi que les bébés pleurent quand ils se sentent seuls, quand ils ont besoin de contact, de réconfort, de chaleur, de présence, de lait. Par nature, l’être humain est ainsi constitué et c’est pour cela que dans la plupart des pays du monde les bébés sont portés constamment contre leur maman.

D’après Rosa Jové, même si nous autres occidentaux avons peu de chance de croiser un prédateur prêt à manger notre bébé, dans beaucoup de familles on ne s’occupe malheureusement pas des bébés s’ils ne pleurent pas. On les pose tranquillement dans leur coin en attendant qu’ils se manifestent. Voilà pourquoi dès sa naissance, le bébé invente des moyens et mécanismes pour garder ses proches à proximité. L’un de ces moyens est d’entrecouper son sommeil avec de bref moments de veille. C’est ainsi que la nature nous a faite. Les réveils et manifestations fréquentes du bébé sont donc biologiquement normaux, sains et physiologiques.

De plus, un bébé a un fort besoin de succion (plusieurs heures par jour). La succion n’est pas que pour s’alimenter, mais aussi pour se réconforter. C’est aussi par la bouche que le bébé apprend à connaître le monde qui l’entoure. Il découvre diverses sensations, le chaud, le froid, le doux, l’amer, le lisse, le rugueux etc. Un bébé a le besoin physiologique de téter : ça le protège, le détend. Par nature, c’est le sein que le bébé à besoin de téter autant qu’il le souhaite. La tétine n’est qu’un substitut, une tentative d’imitation, du téton de la maman. Elle peut aussi compromettre l’allaitement (rater des tétées importantes notamment, donc entraîner une faible prise de poids).

Le sommeil du nouveau-né, certes fatigant pour l’adulte, est totalement adapté à ses besoins.

Si vous entendez, de votre mère, de votre grand-mère, de votre voisine, et même de votre médecin, qu’il est anormal que votre bébé se réveille ainsi et qu’il faut lui proposer une alimentation plus riche et des horaires rigoureux de repas pour qu’il « fasse ses nuits », fuyez ! Ce que vous risquez en suivant ces conseils dangereux c’est un bébé dénutri ou déshydraté, un bébé en risque d’hypoglycémie, une baisse de lactation et donc peut-être la fin de votre allaitement, des troubles intestinaux chez votre bébé, et enfin un bébé perturbé et en détresse par le non-respect de ses besoins vitaux.

le sommeil du bébé entre 4 et 7 mois

Après le premier trimestre suivant sa naissance, le sommeil de bébé évolue. C’est entre la naissance et le 7e mois que le sommeil évolue le plus.

Pour Rosa Jové, les changements principaux sont :

  • Le sommeil au début de nature chaotique, va évoluer vers un rythme plus prévisible. Le bébé commence à dormir plus la nuit que le jour. Vers 2 mois le sommeil devient un peu plus profond (l’origine des phases III et IV), mais vers 3 mois il sera de nouveau plus léger (à l’origine des phases I et II). Attention, ce n’est pas une régression si votre bébé perd son rythme. C’est juste le long processus d’évolution vers le sommeil adulte.
  • Le bébé passe désormais par une étape de sommeil non paradoxal, léger, en premier. Ainsi s’il est assoupi depuis peu, un rien peu le réveiller.
  • Quand le bébé parvient à la phase profonde du sommeil calme (phase IV), il y reste une heure environ. Puis, il se réveille brièvement. Beaucoup de parents se plaignent que leur bébé se réveille au bout d’une heure à une heure et demi et expliquent cela par le fait que le bébé a senti leur absence. Pour l’auteure, évidemment le bébé ressent toujours l’absence de ses parents et surtout la nuit. Mais la majorité des bébés se réveilleront quand même la nuit, que le parent soit présent ou non. Le fait est que nous nous réveillons tous la nuit environ une dizaine de fois ! Oui oui , même vous adulte. Sauf que nous adulte avons appris à nous rendormir : nous nous retournons, changeons de position, tirons sur le drap, sans même avoir eu conscience de nous réveiller !

Quels sont les besoins du bébé entre 4 et 7 mois ?

  • A partir de 4 mois, bébé risque moins les hypoglycémies, l’allaitement (s’il a lieu) est bien établi. Il peut alors commencer à faire la différence entre le jour et la nuit. C’est à cet âge qu’une partie du cerveau devient mature : le noyau suprachiasmatique, l’horloge interne. C’est pour cela qu’avant 4 mois, les bébés ne peuvent acquérir le rythme circadien et sont dans un sommeil chaotique.
  • Le tout petit bébé avait « absolument besoin de maintenir sa mère en état d’alerte » (R. Jové), pour des questions de survie. Désormais, ce n’est plus nécessaire, sauf lorsqu’il en éprouve le besoin : se sent seul, besoin de contact, peur de l’inconnu, besoin de manger et boire, etc.
  • A partir de 6 mois (et jamais avant selon toutes les recommandations internationales), on peut commencer à introduire des aliments (diversification classique, ou diversification menée par l’enfant). Cependant, le lait maternel ou artificiel reste l’aliment principal jusqu’à un an.

Comment est le sommeil du bébé de 4 à 7 mois ?

  • Circadien : il différencie le jour et la nuit. Chacun à son rythme !
  • Polyphasique : bébé a acquis presque toutes les phases du sommeil adulte et devient capable de dormir en continu pendant plus d’un cycle. Cela peut aussi entraîner des « réveils plus nombreux car les micro réveils sont très courants à la fin d’un cycle de sommeil » (R. Jové).
  • Instable : c’est une grande période de transition où viennent s’installer de nouvelles phases de sommeil. L’enfant doit s’adapter. Les réveils sont très fréquents pendant cette période car l’enfant teste, essaie d’intégrer le processus de ces nouvelles phases de sommeil.

Le sommeil entre 8 mois et 2 ans

Entre 0 et 7 mois le bébé se trouve dans la période de construction de son sommeil : il passe du sommeil biphasique au sommeil à cinq phases proche de celui de l’adulte.

A partir de 8 mois et jusqu’à 6 ans vient l’étape de maturation dans laquelle le sommeil évolue vers celui de l’adulte. Pendant cette période le nombre d’heure de sommeil diminue alors progressivement et les réveils nocturnes cessent alors.

Entre 8 mois et 2 ans, l’enfant va peu à peu surmonter l’angoisse de séparation. Les jeux de cache cache aident grandement l’enfant à élaborer cette étape. Cette angoisse de séparation se manifeste aussi dans le sommeil, puisque l’enfant comprend que lorsqu’il dort il peut être séparé de ses parents. Le coucher peut donc être source d’anxiété qu’il faudra tenter de réguler (lecture du soir, rituels, tétées, etc.). La meilleure méthode pour qu’un enfant s’endorme sereinement reste celle de rester près de lui. Si vous répondez à ce besoin de contact et de proximité durant ses premières années, l’enfant installera en lui une profonde sécurité intérieure et une confiance et une sérénité qui l’accompagneront toute sa vie durant. Ainsi, tant qu’ils en ont besoin apportez leur votre présence et chaleur. Le moment où ils s’en passeront viendra bien assez vite !

Le sommeil pourra être perturbé par les grandes acquisitions comme le quatre pattes, la marche, le contrôle sphinctérien (entre 2 et 3 ans en général), etc., mais aussi les poussées dentaires pouvant être très douloureuses et inconfortables.

Au cours de la 2e année les réveils nocturnes peuvent continuer à être nombreux. L’enfant peut très mal vivre la séparation qu’implique le sommeil et peut manifester beaucoup d’anxiété.

D’après Rosa Jové : « la période de 6 mois à 4 ans est surtout l’âge des éveils multiples de seconde partie de nuit. Il sont fréquent, parfois après chaque cycle, au delà de minuit ». Les études montrent que 40 à 60 % des enfants se réveillent la nuit à 18 mois et parmi eux 20% se réveillent de multiples fois. Il est donc normal si votre enfant ne fait toujours pas vos nuits à 2 ans. Il va falloir être encore patient !

Ainsi, inventer des stratégies et techniques pour maîtriser les réveils de l’enfant est clairement agir contre sa nature et sa biologie. Le rythme d’acquisition du sommeil adulte est propre à chacun, il dépendra des enfants. Chacun son rythme !

Le sommeil de l’enfant entre 3 et 6 ans

Pour Rosa Jové, si l’on a été suffisamment à l’écoute des demandes et besoins de notre bébé lors des périodes précédentes, à partir de cet âge, le sommeil se rapproche de celui de l’adulte.

Effectivement, à partir de 3 ans les réveils nocturnes peuvent devenir plus rares et cesser à partir de 5 ans. C’est aussi à cette période que l’enfant grandit et consolide le langage parlé. Il lui est alors plus facile d’exprimer ses ressentis, de mettre en mots ses affects et peut en être donc plus apaisé.

Parfois c’est l »inverse, l’enfant a toujours « bien » dormi et d’un coup il se met à manifester des problèmes de sommeil. Cela peut-être tout à fait normal. Il arrive que l’enfant ne fasse plus la sieste vers 3-4 ans et cela peut parfois causer « un déficit de sommeil lent » et donc un sommeil plus long pendant la première partie de la nuit (R. Jové). On peut alors voir apparaître des terreurs nocturnes, du somnambulisme, de l’énurésie, etc. Si l’enfant dort seul dans une chambre, il demandera à calmer son anxiété par des activités qui lui plaisent avant de dormir : qu’on lui lise un livre, qu’on lui chante une chanson, etc. On retrouve ces comportements dans la culture occidentale où le sommeil partagé, ou cododo, n’existe que rarement. Lorsque l’enfant dort en compagnie de ses parents ou de ses frères et sœurs, tout se passe généralement avec peu ou pas d’anxiété nocturnes.

Comment accompagner au mieux ce processus évolutif qu’est le sommeil ?

Bannir les méthodes de dressage du sommeil

Toutes les méthodes de dressage du sommeil dont vous avez pu avoir échos de près ou de loin (méthode 5-10-15 par exemple), sont de vrais dangers pour le développement et le bien-être de votre enfant. Maintenant vous le savez, se réveiller plusieurs fois par nuit est totalement normal chez le bébé et le jeune enfant et cela jusqu’à 5-6 ans. Les méthodes de laisser-pleurer sont donc une atteinte à la santé psychique et physique des bébés. Laisser pleurer un bébé et un enfant crée un immense stress qui envahit son cerveau, le tétanise, fait entrer le bébé dans un état de sidération psychique.

Il est triste de constater qu’une majorité de professionnels de la santé orientent encore les parents vers ces méthodes barbares. Pour cela ils passent souvent par plusieurs étapes :

  1. Créer la pathologie et semer la panique : ils vous diront oh combien votre enfant est anormal puisqu’il ne dort pas comme il devrait.
  2. Dépersonnaliser l’enfant : lui enlever son statut de personne, il n’a pas les mêmes droits que l’adulte, il n’est que l’enfant de quelqu’un et donc doit se soumettre à ce que vous ordonnez vous.
  3. Méconnaître les signaux de l’enfant : pour qu’une mère fasse la sourde oreille devant son enfant qui pleure, il faut la convaincre de méconnaître les signaux de l’enfant par différents moyen comme le blocage de la mémoire d’enfance, l’adultisme (considérer que l’adulte est plus important que l’enfant), du narcissisme parental (un enfant qui ne fait pas ses nuits est perçu comme un échec pour les parents, ils font alors porter la responsabilité du problème à leur enfant).

Malheureusement, encore beaucoup de chercheurs et médecins ont cette posture adultiste et diffusent le message que l’enfant est un être compliqué, difficile, dangereux, tyranique. Certains parlent même de « caprices » pour décrire un enfant qui se réveillent la nuit. Ils diffusent le message que c’est le rôle des parents de décider comment leur enfant doit dormir, que l’enfant les manipule. Si vous cherchez un professionnel bienveillant et formé sur le développement de l’enfant et la parentalité respectueuse je vous invite à découvrir notre Réseau de Parentage Proximal et sa carte de recensement.

Ces méthodes de dressages du bébé causent une terreur et un stress immenses chez l’enfant. Le stress est destructeur pour le bébé et l’enfant. Lorsque l’enfant a peur, son cerveau archaïque se mobilise. Le système hypothalamo-hypophyso-surrénalien s’active. Face à un stress notre corps se prépare à la fuite en déchargeant une forte dose d’adrénaline. Le cerveau en est alors submergé. Les enfants qu’on laisse pleurer peuvent donc rester ainsi indéfiniment jusqu’à ce que leur cerveau lâche prise. La nature étant bien faite, le corps a prévu une compensation sous forme d’endorphines et de sérotonine qui atténue la mobilisation du système d’alarme. Le bébé se « calme » alors au bout d’un long moment. Non, le bébé n’a pas appris ainsi à s’endormir. Il s’est tout simplement « autodrogué » pour pouvoir retrouver une homéostasie, et pour survivre à ce stress intense. Quand cela est trop fréquent on peut même observer une inhibition des hormones de croissance et une perte neuronale.

Qu’est ce que le bébé apprend alors ? Il apprend qu’on l’ignore(ra), que ses besoins ne méritent pas d’attention, il cessera alors de protester, se repliera sur lui. Cela impacte directement la construction de l’estime de soi, de la confiance de l’empathie. Cela réduit les niveaux de sérotonine et pourra causer des symptômes dépressifs et des troubles anxieux. Un niveau bas de sérotonine est aussi associé à des comportements beaucoup agressifs et violents. Ce niveau de stress endommage donc réellement le cerveau jusqu’à pouvoir causer des syndromes de stress post-traumatiques, des troubles de dépendance affectives, des troubles du comportements divers et de l’hyperactivité (R. Jové).

L’autrice nous aide à réaliser le non-sens de notre société occidentale par ce questionnement : « laquelle des habitudes est la pire ? Vouloir dormir dans le lit de ses parents ou dans son berceau ? S’endormir au côté d’une personne aimée ou d’un ours en peluche ? Dormir à 23 heures ou à 21 heures ? Et bien dans la plus grande partie de notre vie, adulte donc, nous opterons toujours pour la première option. Or, nous imposons la seconde à des êtres immatures et en plein développement. » En d’autres termes, nous voulons apprendre à nos enfants à dormir d’une façon que nous ne suivrons jamais adulte !

opter pour le maternage proximal

« Quand on observe les sociétés où l’éducation des enfants est plus respectueuse de leurs besoins et de leur rythme circadien , on se rend compte que les problèmes de sommeil sont quasi inconnus »

Rosa Jové

Beaucoup d’anthropologues et d’ethnologues ont étudié les sociétés plus traditionnelles où l’insomnie n’existe pas, où l’on ne rencontre pas autant de troubles du sommeil que chez nous. Ces scientifiques ont mis en évidence l’impact que peut avoir le type de maternage : qui est dit « proximal » dans ce type de culture plus traditionnelle, et dit « distal » chez nous en Occident (poussette, berceau dans une chambre séparée, non-allaitement,…). Dans le maternage proximal, la mère et le père respectent le besoin de continuum de bébé, c’est à dire tous les besoins et attentes que peut avoir notre espèce : besoin de contact, de proximité, de portage, du sein maternel, etc. (Jean Liedloff). Il n’y a pas de séparation précoce, ni de distance imposée au bébé, mais au contraire le cododo, le portage et l’allaitement sont pratiqués pendant les premières années de l’enfant. Ces pratiques ont donc un impact positif sur le développement général et sur le sommeil de l’enfant :

l’allaitement

Quoi de plus naturel et biologiquement normal que de nourrir son enfant au sein tant que celui-ci a besoin de lait pour son développement (au moins 2,5 ans d’après les anthropologues) ? Malheureusement, en Occident et particulièrement en France, l’allaitement est très peu pratiqué et de façon très écourté. La moyenne d’allaitement en France est de 3 mois. 71% des enfants sont allaités à la naissance, mais passé le premier mois, plus qu’un enfant sur deux est toujours allaité (source). Ces chiffres sont bien loin de correspondre aux recommandations internationales de santé publique. L’OMS recommande un allaitement exclusif à la demande (sans aliment, ni eau) jusqu’à 6 mois, et ensuite un allaitement en complément de l’alimentation jusqu’à au moins 2 ans, voire plus. Jusqu’à un an le lait maternel reste l’aliment principal, la nourriture vient compléter les apports en lait mais jamais le remplacer.

Concernant le sommeil, pour Rosa Jové, l’allaitement maternel est profitable de deux points de vue : en tant que contenant et en tant que contenu.

Pour ce qui est du contenu, en plus d’être le meilleur aliment qui soit pour un bébé, le lait contient du L-tritophane, un acide aminé qui facilite l’endormissement. Les bébés allaités s’endorment donc en général très rapidement. Pendant les premiers mois de la vie, « la sensation de sommeil est souvent liées à celle de satiété » (R. Jové). Bébé se réveille donc quand il a faim et se rendort une fois nourrit. L’allaitement ou l’alimentation au lait artificiel doivent donc être fait à la demande (OMS, UNICEF), de jour comme de nuit. La demande du bébé peut varier selon les périodes de croissances, les grandes acquisitions, des événements stressants, etc. Bébé peut très bien demander à téter toutes les 30 minutes, comme toutes les 3 heures… il suffit juste de le suivre 🙂 Bien sûr en grandissant, il demandera moins fréquemment.

Pour ce qui est du contenant, le sein a un puissant effet relaxant sur le bébé. La succion est un besoin physiologique qui sert à calmer, à consoler et donc le sein répond parfaitement à ce besoin fondamental. L’enfant qui tète le sein de sa mère sera donc rapidement calmé, serein, détendu et trouvera très facilement le sommeil. Une preuve que le sein est la réponse parfaite aux besoins du bébé ? Les grands industriels s’éclatent à tenter de trouver la tétine ou sucette qui se rapprochera le plus du mamelon maternel. Ensuite, le contact peau à peau lorsque l’enfant est au sein, les sons du cœur de sa maman, sa chaleur, son odeur, sont tous des facteurs qui favoriseront le bien-être du bébé et donc son sommeil. La mère a porté son bébé durant 9 mois, il est donc normal que le bébé ait besoin d’une continuité dans son vécu.

Enfin, l’allaitement favorise également le sommeil chez la mère puisque les tétées augmentent le taux de prolactine. Cette hormones permet la fabrication du lait et favorise le sommeil. Les mères qui allaitent doivent donc se réveiller souvent la nuit, mais grâce à ce mécanisme que la nature a prévu, elle peuvent se rendormir plus facilement.

Le cododo

Le petit homme vient au monde très immature et dans l’incapacité de survivre par lui-même. Il est donc biologiquement construit pour assurer sa propre survie et s’assurer que quelqu’un sera toujours à ses côtés pour s’occuper de lui. Sa vie en dépend. Comme nous l’avons vu précédemment, la nature lui a donc donné différentes armes puissantes pour cela : les pleurs pour alerter, les réflexes (succion, de Moro, etc.), le sommeil infantile (réveils fréquents pour s’alimenter et rester en alerte).

Pour Rosa Jové, nous appartenons à la catégorie des mammifères qui ne mettent pas beaucoup d’enfants au monde (parfois qu’un), et donc « loin de les laisser se débrouiller, continueront à les protéger après la naissance, moment où ils sont particulièrement vulnérables. […] Une fois que leurs petits seront nés, ils continueront à les protéger, ils les allaiteront, ils les cacheront aux prédateurs, ils les éduqueront ». Prenons l’exemple des orang-outans, qui mettent au monde un bébé tous les sept ans et s’en occupe de façon intense et proximale jusque-là. C’est pour répondre aux besoins de leur bébé jour et nuit que les mammifères ont tendance à se déplacer en troupeau et à dormir tous ensemble.

C’est toujours le cas dans la plupart des pays du monde encore aujourd’hui (sauf chez nous en Europe et en Amérique du Nord). Même dans les pays plus modernes comme au Japon, ou à Singapour où je vis actuellement, les enfants dorment avec leurs parents jusqu’à ce qu’ils n’expriment plus ce besoin de proximité physique.

Le cododo est donc le partage du même lit que ses parents. Le sommeil partagé c’est le partage de la même chambre, sans être dans le même lit.

Les grands organismes internationaux comme l’OMS et l’UNICEF recommandent le cododo pendant au moins les six premiers mois, voire plus, pour le bien-être du bébé. Il faut bien sûr respecter les règles de sécurité (pas de consommation de drogue ou alcool, matelas ferme, pas de draps ni oreillers, ne pas couvrir trop bébé, ne pas fumer dans la chambre, les parents ne doivent pas souffrir d’obésité). Si ces règles de sécurité sont respectées, le risque d’étouffement du bébé est égal à zéro (R. José).

D’après les études, lorsqu’on laisse les enfants dormir à nos côtés jusqu’à ce qu’il ne le désire plus, la plupart d’entre eux cessent le cododo entre 3 et 4 ans.

Le cododo a tant d’avantages pour le développement de l’enfant et pour son sommeil :

  • il réduit les risques de mort subite du nourrisson
  • il apprend au bébé à passer plus facilement d’une phase du sommeil à la suivante en synchronisant sa respiration avec celle de sa mère
  • il permet à la mère de dormir tout en allaitant son enfant sans avoir à se lever
  • il permet à l’enfant et à la mère de ne se réveiller qu’à peine pour une tétée puis de se rendormir aussitôt et rapidement
  • il permet de réguler la température corporelle nocturne de bébé
  • il répond au besoin de proximité de l’enfant
  • il permet à la mère de répondre rapidement et efficacement aux besoins de son bébé, ce qui favorise un attachement sécure
  • la proximité physique qu’il apporte assure un attachement sécure (C.S. Didierjean-Jouveau)
  • C’est une douceur infinie, un vrai « bonheur partagé » (C.S. Didierjean-Jouveau) à expérimenter en tant que parent
  • Le cododo est la manière la plus efficace de régler tous les « problèmes » de sommeil.

Le cododo fonctionne si bien car il est ce qu’il y a de plus adapté pour notre espèce (et toutes les espèces ! Vous avez déjà vu une lionne, ou une chienne laisser dormir son petit trois arbres plus loin qu’elle ?). Il répond entièrement aux besoins de l’enfant : besoin d’avoir à ses côtés la personne qui s’occupent d’eux, besoins de contact, de chaleur, de présence, de réconfort, de nourriture. Il est clairement contre nature de dormir seul. Nous même adulte n’aimons pas cela en général. Alors pourquoi l’imposer à des êtres si immatures que sont nos enfants?

Le portage

Vous constaterez donc que bébé dort mieux contre vous que seul dans le lit, que souvent à peine posé, il se réveille aussitôt, alors que dans vos bras il peut dormir des heures. C’est biologiquement normal et c’est pourquoi depuis la nuit des temps le portage est pratiqué. Il aurait même été le premier outil inventé par l’homme ! Rosa Jové, cite Anna Freud qui disait que « maintenir un contact intime et chaleureux avec le corps de quelqu’un d’autre pendant que l’on cherche le sommeil, c’est un besoin inné et primitif chez tous les enfants ». Le portage, en complément du cododo, a de multiples bienfaits comme celui d’apporter une grande sérénité à votre bébé, de le calmer, de le rassurer, et facilite donc grandement le sommeil (C.S. Didierjean-Jouveau). Les bébés en portage peuvent dormir des heures paisiblement, pendant que vous pouvez être libre de vaquer à vos occupations ! Pour en savoir plus sur le portage je vous invite à lire mes articles sur le sujet:

Les bénéfices du portage sur le bébé ici,

Ce qu’en dit la psychologie ici

et un retour sur notre expériences avec différents moyens de portage .

Pour conclure, c’est donc une une réelle violence éducative ordinaire faites chaque jours à beaucoup d’enfants occidentaux que de chercher à contrôler leur sommeil par diverses méthodes de dressage. Beaucoup de parents se laissent influencés par le discours de professionnels médicaux méconnaissant totalement les besoins d’un enfant (oui, mêmes un certain nombre de pédiatres…). Heureusement, de plus en plus de professionnels s’informent enfin et font évoluer leur savoir pour accompagner au mieux les familles dans une parentalité bienveillante et respectueuse.

C’est aussi notre rôle de parent de nous informer sur le développement de l’enfant afin de faire des choix éclairés et adaptés aux besoins de nos enfants. Si vous souhaitez aller plus loin dans cette recherche d’informations voici mes sources :

Le cododo : pourquoi, comment
Le concept du continuum

Et enfin pour compléter deux articles que j’aime beaucoup sur le même sujet :

https://curiositebienveillante.wordpress.com/2019/03/11/le-sommeil-en-dessous-de-3-ans-explique-au-x-futurs-parent-s/

A très vite 🙂

L.

3 commentaires sur « Le sommeil de l’enfant : et si les réveils nocturnes étaient en fait normaux et sains ? »

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