[Témoignage] : l’accouchement physiologique en plateau technique de Laure

Depuis que Céline (l’une des trois sage-femmes qui nous a accompagnés durant la grossesse) m’a annoncé, début mai, que tu risquais d’arriver un peu plus tôt que prévu, nous sommes impatients de te rencontrer. J’aime nos rendez-vous quotidiens à travers la paroi de mon ventre, échanger avec toi en t’invitant à venir lover ton « petit cul d’amour » dans la paume de nos mains, sentir tes petits pieds se promener d’un bout à l’autre de mon ventre jusque sous mes côtes, tes petites pirouettes au son de nos voix ou de la musique que ton Papa adore te faire écouter… Ton Papa aussi. Mais désormais,à presque neuf mois de grossesse, nous avons hâte de te découvrir et de savoir enfin qui tu es. 

Je sors d’un atelier de portage avec Celine le 6 juin, à la fin du quel je lui demande si elle connaîtrait des astuces pour t’inviter à venir nous rejoindre. J’ai l’impression que tu n’es finalement pas du tout pressé de sortir de ton cocon et que tu risques de nous faire patienter jusqu’au 17 juin, date du terme prévisionnel. Celine me suggère quelques pistes, et conclut en disant que les choses arrivent souvent au moment où on s’y attend le moins. Je reste quant à moi persuadée que tu n’es pas pressé. En rentrant à la maison, petite halte au supermarché pour acheter du sucre et préparer, avec ton Papa, de la gelée de groseilles que nous avons cueillies ce weekend dans le jardin. 

Vers 20h, ton Papa me propose de nous atteler à la confection de la gelée. Je ne suis pas très motivée, j’ai envie d’être tranquillement installée au creux de ses bras et de profiter de ce moment de douceur. Nous ne savons pas encore que c’est notre dernière soirée à deux, rien ne laisse présager ta venue toute proche. 

Alors que nous allons nous coucher, vers 21h30, je perds un peu du liquide dans lequel tu grandis depuis neuf mois. Au fond de moi je sens que c’est le moment que tu as choisi pour entamer ton chemin jusqu’à nous. Mais je ne m’autorise pas encore à y croire : je suis partagée entre l’incertitude face à cette expérience nouvelle et totalement inconnue et la prudence face à une éventuelle fausse alerte. J’en avise ton Papa et nous avertissons Marion, notre sage-femme. Elle me demande de surveiller si l’écoulement se poursuit pendant les deux heures qui suivent, pour être sûrs que c’est bien l’accouchement qui se met en route. 

Il est environ 22h lorsque nous essayons de nous endormir. Je parviens difficilement à trouver le sommeil car je suis attentive aux moindres signaux que mon corps pourrait me faire parvenir et annonçant ta naissance imminente. Je ressens des petites douleurs au niveau de mon utérus, identique à des douleurs de règles. Ces petites contractions, encore très espacées, sont les premières d’une longue série, ce que je ne sais pas (ou n’ose pas croire) encore. Mais à chacune, je commence à me concentrer sur ma respiration, comme nous l’avons appris lors des cours de préparation à l’accouchement. Je réussis à dormir entre chaque contraction. Ton Papa dort paisiblement, mais se réveille de temps à autre pour s’assurer que tout va bien. Je le laisse se reposer car je sais combien j’aurai besoin de sa présence et de son énergie dans les heures à venir…

Aux alentours de 23h30, je réveille finalement ton Papa : les contractions deviennent vraiment régulières et moins espacées (environ 15 minutes entre chacune), la douleur est encore largement supportable sans concentration particulière. Nous décidons d’écrire à Marion pour l’en aviser ; elle nous rejoint vers 2h du matin, le 7 juin, pour faire le point sur la situation. 

Lorsqu’elle arrive à la maison, le travail a démarré et je commence enfin à réaliser ce qui se met en route dans mon corps depuis quelques heures maintenant. Les contractions sont alors espacées de 5 petites minutes au plus et commencent à être plus intenses et à me paraître plus douloureuses. Alors que jusqu’à présent j’attendais que chacune passe, agenouillée sur le lit, les coudes sur le matelas et la tête entre mes mains, je ne parviens désormais à « accompagner » chaque contraction que debout, le dos courbé vers l’avant, les bras appuyés sur notre commode et la tête entre mes mains. La concentration sur ma respiration et un léger mouvement de balancier avec mon bassin sont maintenant indispensables pour que la douleur de chaque contraction soit supportable. Mais je sais au fond de moi que cette douleur est bénéfique et qu’elle est nécessaire pour t’accompagner vers le vie ; je l’accueille avec détermination et confiance.

Marion commence par écouter ton petit cœur pendant une vingtaine de minutes pour voir comment tu supportes les contractions : tout va très bien pour toi, bien qu’elles durent de plus en plus longtemps et qu’elles soient de plus en plus rapprochées. Marion confirme à ton Papa, qui se posait encore la question de son programme du mercredi 7 juin, qu’il peut avertir son responsable de son absence le lendemain ! Elle examine ensuite mon col, il est dilaté à 5 ou 6 cm. On ne s’attendait pas à ce que le travail soit autant avancé ! Ce résultat est très motivant et encourageant, d’autant que jusqu’à présent je supporte bien les contractions et parviens sans souffrance à gérer la douleur, avec tous les conseils que nous avons reçus pendant les cours de préparation à l’accouchement.

À partir de ce moment, je change d’ailleurs d’état physiologique et psychique. Comme les sages-femmes nous l’avaient expliqué, je me mets dans une sorte de « bulle », dans laquelle je ne perçois plus l’environnement extérieur, y compris les conversations. Tout mon corps, mon attention, sont focalisés sur le travail qui se poursuit en moi et sur la concentration nécessaire pour continuer à gérer la douleur et les contractions les unes après les autres, sans « réfléchir »à la suite des événements, sans rien anticiper. Avec le recul, je suis fascinée par la façon dont le corps et l’esprit parviennent à se mettre à l’unisson pour que tout le travail de l’accouchement soit supportable. Walter et Marion se relaient pour m’aider à gérer la douleur, notamment en appuyant sur des points d’acupression dans le bas du dos et en m’encourageant calmement.

Sur les conseils de Marion, je vais prendre une douche sur le ballon de gymnastique pour soulager la douleur, avec l’aide de Walter qui me masse le bas du dos, en attendant le feu vert pour partir à la maternité ! La chaleur du jet d’eau sur mon corps, la douceur de la présence rassurante de Walter et les mouvements de balancier sur le ballon sont autant d’aides précieuses pour continuer à supporter la douleur des contractions qui est constante depuis de longues minutes et pour me concentrer sur ma respiration.

Lorsque je sors de la douche, ayant besoin de changer de position pour supporter les contractions qui ne me laissent plus vraiment de répit, Marion nous demande de nous préparer à partir à la maternité, qu’elle a avertie de notre arrivée. Il est un aux alentours de 4 heures du matin. Elle m’aide à me rhabiller pendant que Walter termine de rassembler nos affaires. Je suis vraiment confiante : le travail avance bien et mon corps et mon esprit œuvrent ensemble efficacement pour t’accompagner dans ton chemin vers la vie ! 

Le trajet jusqu’à la maternité est assez difficile à supporter mais se déroule sans encombre. Je suis agenouillée sur le siège passager, dos à la route. Je me cramponne au dossier à chaque nouvelle contraction, en focalisant toute mon attention sur ma respiration. Ton Papa est à la fois pilote et co-pilote ! Il m’avertit de chaque obstacle à venir sur la route (dos d’âne, virages serrés, rond points en dévers…) et prend soin de conduire tout en douceur, ce qui n’est pas dans ses habitudes !

La montée dans la salle d’accouchement se fait en plusieurs temps, j’ai besoin de m’arrêter et de m’appuyer sur n’importe quel support à chaque contraction. Je me souviens à peine de ce parcours, du chemin emprunté, des conversations entre Marion et Walter ou des personnes rencontrées… Toujours cette bulle incroyable qui permet à mon cerveau de se déconnecter du réel pour ne se concentrer que sur la gestion de la douleur et ton accompagnement !

De l’arrivée dans la salle d’accouchement et de la fin du travail, je ne me souviens quasiment de rien. Je n’ai plus aucune notion du réel, de l’espace et du temps. Je me rappelle seulement que nous avons allumé une petite veilleuse sortie du sac de maternité, que j’ai ôté mes vêtements car j’ai excessivement chaud, et que je gère les dernières contractions recroquevillée sur un ballon de gymnastique. Elles sont à la limite du supportable, Walter m’appuie dans le creux des reins pour soulager la douleur dans le bas du dos, Marion essaye d’écouter ton cœur. Mais le travail est efficace, le col est quasiment totalement dilaté et effacé, tu commences à descendre dans mon bassin, nous formons une super équipe tous les quatre !! 

Soudainement, la « bulle » dans laquelle j’étais jusqu’à présent « éclate ». Les quelques contractions qui suivent sont alors ingérables, je n’arrive plus du tout à les accompagner, à respirer correctement et je suis dans un état entre la panique et le désespoir face à une douleur que je ne parviens plus à supporter, allongée sur le tapis, en chien de fusil. Il s’agit heureusement de la toute fin du travail, annonçant le début de l’accouchement et cette phase ne dure pas longtemps, une trentaine de minutes tout au plus ! Marion et Walter m’accompagnent de leur mieux, ils m’encouragent et m’assurent que le travail est sur le point d’être terminé. Ces paroles et gestes qui peuvent paraître anodins sont en réalité plus que nécessaires pour que je parvienne à cet accouchement physiologique dont j’avais envie pour ta naissance. 

Je crois qu’il est environ 5h30 quand je commence à sentir le réflexe de poussée dont les sages-femmes nous ont parlé lors des cours de préparation à l’accouchement. La douleur redevient largement supportable, les contractions sont nettement moins intenses, plus espacées et la sensation de poussée, instinctive, est impressionnante par sa puissance qui saisit tout le corps sans possibilité de lutter. Mais elle est assez peu douloureuse. Je ne sais pas encore qu’il reste deux heures avant notre rencontre (et heureusement !). Je pense alors que le plus dur est derrière nous et retrouve un sentiment de confiance et de l’énergie.

La poussée ayant commencé très tôt, alors que tu es encore entrain de faire ton chemin pour descendre dans mon bassin, Marion surveille ton cœur le plus souvent possible. Ma position au sol ne lui permettant pas d’y parvenir efficacement, elle me demande de m’installer sur le lit.

Une heure et demi sont alors nécessaires pour que tu parviennes jusqu’à nous. Nous devons d’abord réussir à te fixer dans mon bassin (après de nombreux va-et-vient), aidé par les contractions et les poussées que j’essaye de rendre les plus efficaces. Tu dois aussi engager ta tête, comme nous t’y avions invité avant l’accouchement (« ton petit menton bien rentré sur ton sternum »), puis la défléchir avec l’aide nécessaire de Marion car tu n’y parviens pas seul (mais nous avions omis de te donner cette consigne !).

Cette étape de l’accouchement est pour moi la plus difficile, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, j’avais imaginé que la phase la plus pénible de l’accouchement serait le travail et les contractions. Ensuite, je ne m’attendais pas du tout à ce que la poussée dure si longtemps. Or c’est un effort qui demande une puissance physique énorme, ce qui est très fatiguant. Le fait que tu ne réussisses pas à fixer ta tête dans mon bassin me décourage au bout d’un moment, d’autant plus que Marion ne peut pas me donner une idée du temps et des efforts encore nécessaires pour y parvenir. Elle hésite d’ailleurs à quelques reprises à demander l’aide de l’obstétricien de la maternité, mais elle nous laisse encore le temps pour que tu viennes au monde naturellement. Avec Walter, ils ne cessent de m’encourager à chaque nouvelle contraction pour que mes efforts pour t’accompagner soient les plus efficaces possibles. Enfin, ta position durant toute cette phase engendre des douleurs dans le bas de mon dos, qui ne cessent pas durant l’heure et demi qui nous séparent encore de toi.

Aux alentours de 7h50, Marion me donne une dernière chance de pousser sans aide médicale avant de demander l’intervention de l’équipe de la maternité. Je ne sais pas si cet « ultimatum » me redonne confiance et énergie ou si c’est le fruit de l’heure et demi d’efforts passée, mais c’est sur cette dernière poussée que nous parvenons toi et moi à sortir ta tête de mon corps, puis, sans aucun effort supplémentaire, tout ta petite personne. Il est 7h50, ce mercredi 7 juin 2017, lorsque tu viens au monde.

Tout va alors très vite, tu pleures immédiatement pour nous dire bonjour, ta peau devient rapidement toute rose et Marion t’installe sur mon ventre. Tu es enfin avec nous dans cette nouvelle configuration dans laquelle tu existes désormais en dehors de moi. Tu as de petits yeux bien ouverts, de bonnes petites joues et mon petit double-menton dont j’aurais aimé te faire grâce! J’ai aperçu que tu étais un petit garçon, ton Papa n’a encore rien vu.

Ce moment est tellement intense et surréaliste. Ce n’est que la vie, ce n’est que la nature, mais la vie et la nature sont absolument extraordinaires. Notre rencontre est hors du temps, tellement extraordinaire que je peine encore aujourd’hui, un mois après ta naissance, à réaliser complètement ce qui s’est passé. Tu es si petit et à la fois tellement grand pour que je t’imagine à l’intérieur de moi quelques secondes plus tôt ! Tu as déjà la force de te hisser jusqu’à mon sein pour y prendre une « tétée de bienvenue ». Je suis ébahie par la puissance de ta petite mâchoire pour t’alimenter.

Walter me demande si je sais si tu es un garçon ou une fille, je lui confirme avoir aperçu que tu étais un garçon. Nous décidons de te prénommer Eloi, notre prénom masculin favori que tu portes déjà très bien.  Nous continuerons pourtant à te surnommer Coquelicot pendant quelques semaines, le doux surnom trouvé par ton Papa alors que tu n’étais encore qu’un tout petit embryon bien accroché dans mon giron. Tues un « petit » garçon de 3,740 kg. Je peine encore à croire que nous avons réussi à ce que tu naisses totalement naturellement malgré ton beau gabarit ! C’est toi qui a fait de nous des parents… Immense rôle de nos vies dont nous ne mesurons encore que peu l’intensité.

Tu es venu au monde comme nous le souhaitions avec ton Papa, totalement naturellement, grâce à tes efforts et aux miens combinés, grâce à l’aide et la confiance de ton Papa, grâce à la préparation des sages-femmes et grâce à l’assistance « technique » et au soutien de Marion.

Je ne saurais jamais véritablement comment tu as vécu ta venue au monde, car toi seul en a le vécu inscrit dans ta mémoire charnelle. Mais je crois que tu as eu une belle naissance car ton Papa et moi n’avons eu de cesse de t’accompagner et de t’entourer de tout notre amour dans ce chemin de vie.

De mon côté, malgré des douleurs intenses, malgré un effort physique au-delà de ce dont je me croyais capable, malgré des moments de découragement, je garde un excellent souvenir de cette expérience hors du commun et extrêmement intense dans tous ses aspects. Le corps humain est capable d’accomplir des choses inouïes, dont celle de venir au monde et de donner la vie. Je ne peux pas parler en ton nom de l’expérience de ta naissance et je ne me souviens pas de la mienne ; mais celle de donner la vie est au-delà de ce que j’avais imaginé. Cet accouchement naturel, sans analgésie, sans instrument, sans intervention chirurgicale, m’a donné une immense admiration dans la vie et une grande confiance en moi, alors que j’hésitais encore quelques mois auparavant à fonder une famille à cause de la peur de l’accouchement !

Laure. 

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