Accouchement : un autre regard sur les pratiques courantes hospitalières. Partie 2

Je vous avais parlé dans une première partie (dans cet article) de certaines pratiques hospitalières encore beaucoup pratiquées avec abus en France. La liste étant longue, j’ai décidé de vous les présenter en deux parties. Encore une fois, je pense fortement qu’il est important de connaître ces actes médicaux et leurs impacts dans le but de faire des choix éclairés. Cela est utile aussi pour choisir son lieu d’accouchement, puis pour construire son projet de naissance (pour en savoir plus sur le projet de naissance je vous invite à lire cet article, et celui-là).

Voici le reste des pratiques médicales courantes :

  • La perfusion à l’ocytocine de synthèse 

Une perfusion est très souvent systématiquement posée aux femmes dès leur arrivée à la maternité à cause du jeûne imposé, une solution au glucose doit être administrée. Cette perfusion sert aussi à injecter des médicaments comme l’ocytocine de synthèse, employée dans 8 accouchements sur 10. Dans certaines maternité elle est même systématiquement administrée à la femme sans l’en informer ni lui demander son consentement. Elle est sur-pratiquée pour assurer le confort des équipes recherchant l’efficacité lors d’accouchements simultanés. Les conséquences de cette perfusion sont d’abord d’entraîner une hypertonie utérine, qui est source de souffrance fœtale et la cause d’hémorragie post-partum. Ensuite, la perfusion réduit la mobilité de la femme, ce qui entraîne un travail moins efficace et plus douloureux. D’après plusieurs études (source), suite à une injection d’ocytocine de synthèse il est tout à fait possible que la mère ait des difficultés à avoir des réflexes d’éjection du lait pendant les premiers jours après la naissance. Cela peut avoir pour conséquence que le bébé n’obtienne pas assez de lait. Et compte tenu de l’approche hospitalière habituelle en matière d’allaitement, ce bébé recevra des suppléments de lait industriel qui n’auraient pas été nécessaires normalement, acte pouvant mettre en péril l’allaitement. Enfin, des doses plus élevées d’ocytocine synthétique sont associées à un risque plus élevé de symptômes dépressifs et d’anxiété.

  • L’interdiction de boire et manger

La plupart des maternités interdisent aux femmes de manger et boire pendant l’accouchement. Leur argument est le risque d’inhaler du contenu gastrique lors de vomissements en cas d’anesthésie générale. Mais de nos jours, cette anesthésie peut tout à fait être remplacée par une péridurale qui ne nécessite pas de jeûne. Les femmes devant être endormies totalement sont très rares et en général identifiées durant la grossesse. Le maintien de ce protocole est très mauvais pour les femmes. Cela peut causer une déshydratation entraînant d’office la pause d’une perfusion d’eau au glucose pour lui redonner des forces. Ce geste est en lien à des possibles difficultés pour allaiter à cause d’œdème aux seins, puis à un ralentissement du travail pouvant donc finir en césarienne.

  • La position que j’appelle « anti-physiologique », sur le dos

Cette position est apparue au 17ème siècle pour le confort des médecins et des sage-femmes lors de l’accouchement. Cette position facilite les manœuvres médicales. Elle est encore largement imposée aux femmes. C’est la position la pire pour accoucher. C’est pourquoi je l’appelle « anti-physiologique ». Elle va totalement à l’encontre de la physiologie d’un accouchement. Aucune raison ne la justifie à part tout l’appareillage imposé, ou choisi (monitoring en continu, péridurale, …). Une femme qui accouche de manière naturelle va prendre de multiples positions instinctivement pour accompagner la descente de son bébé. De plus, l’effet de la pesanteur est indispensable pour que bébé descende efficacement. La première conséquence de cette position sur le dos est un accouchement plus long. Ensuite, dans cette position les contractions sont beaucoup plus douloureuses de par leur intensité. Enfin, elles ont beau être intenses, elles ouvrent le col de manière beaucoup moins efficace et le risque de déchirure est augmenté. Il existe des solutions pour éviter cette position continue comme le choix de la péridurale en ambulatoire, un monitoring intermittent…

  • Le monitoring continu 

Dans 99% des accouchements les femmes subissent le monitoring continu. Son objectif est d’identifier des anomalies pouvant signifier une souffrance fœtale. D’après l’OMS cette pratique, en continu, est inutile, voire délétère. En effet, une auscultation intermittente suffit largement en cas d’accouchement normal. Cette pratique est aussi répandue car la médicalisation de l’accouchement, et notamment l’injection d’ocytocine de synthèse, rendent les contractions difficilement supportables par le bébé. Le monitoring continu en devient donc nécessaire car tout cela élève le risque de souffrance fœtale. C’est aussi un moyen confortable pour les équipes de surveiller plusieurs accouchements à la fois.

  • Les lavements

Les lavements sont très fréquemment employés dans les hôpitaux. Ils seraient censés stimuler les contractions utérines et l’intestin vide faciliterait la descente du bébé. D’après l’OMS, cette pratique n’apporte pas davantage de confort à la femme durant le travail. Des études montrent que ça n’a aucun effet sur la durée du travail, ou sur les infections néonatales. Personnellement, je pense que les femmes ont une certaine gêne autour du risque de déféquer durant le travail, cela les rassurent beaucoup d’éviter ce risque. Mais, n’est-ce pas totalement contre nature d’effectuer ces lavements ? Surtout qu’il suffirait de pouvoir aller aux toilettes à notre guise si l’envie vient durant le travail…

  • Le vidage de la vessie

Cette pratique est réalisée lorsque la tête du bébé est engagée. Sous péridurale, elle est systématique par sonde urinaire. Selon l’OMS cette pratique est superflue voire néfaste car elle est en lien à des infections de l’appareil urinaire. Il suffirait encore d’encourager les femmes à aller aux toilettes durant le travail…

  • La poussée dirigée

Dans les maternités, il est très fréquent que le praticien indique à la femme quand pousser. Ce moment est donc décidé par le médecin ou la sage-femme dès que le col a atteint la dilatation totale. Cet acte initialement totalement naturel, instinctif et extraordinaire à vivre (je parle pour mon expérience), est donc contrôlé. En réalité, même sous péridurale correctement dosée les femmes pourraient expérimenter cette poussée réflexe. Cette poussée naturelle a pour rôle essentiel de protéger le périnée qui s’ouvre alors sans être forcé.

  • L’expression abdominale

L’expression abdominale consiste à pousser le contenu utérin vers le vagin d’une simple pression de la main ou de l’avant-bras. Il arrive que le praticien s’asseye carrément sur la femme en train d’accoucher. Cette pratique d’une extrême violence est pratiquée sur une femme sur deux. Les études montrent que c’est un facteur de risque majeur de complications : déchirures du sphincter anal (risque x 5), et de déchirures du troisième degré (risque x 2). Il suffirait simplement d’encourager la femme à prendre la position qui lui convient en fin de travail pour l’expulsion.

  • La délivrance dirigée

La délivrance dirigée du placenta est le quotidien des accouchements à l’hôpital. Cela consiste en l’injection de Syntocinon en intraveineuse au moment du dégagement de l’épaule du bébé. Les praticiens effectuent un massage utérin (ou appuient carrément violemment sur le ventre de la mère selon l’expérience de proches), ou réalise une légère tension sur le cordon afin de raccourcir par tous les moyens le délai de délivrance du placenta (20-30 minutes). La raison invoquée est la crainte du risque hémorragique. Or, naturellement et en respectant la physiologie, le placenta ne sort qu’au bout d’une à deux heures, voire plus !

  • Les soins du nouveau-né

Malheureusement, les soins du nouveau-né dès sa sortie du ventre sont encore tellement pratiqués. A peine né, son cordon est clampé, puis le bébé est enlevé à sa mère pour un « check-up ». Le bébé subit de multiples examens pour vérifier qu’il se porte bien. Mais ces pratiques non seulement inutiles, sont en plus très néfastes quand elles sont pratiquées de façon systématique. Les deux premières heures au moins qui suivent la naissance sont fondamentales pour l’établissement du lien d’attachement et pour la bonne mise en route de l’allaitement. Durant ce laps de temps (bébé aurait même besoin de bien plus que deux heures…), maman et bébé doivent rester le plus tranquille et le moins dérangés possibles. Comme des petits mammifères quoi ! Les études sont claires : l’une montre que les bébés séparés de leur mère précocement (laissé que 20 minutes à leur mère) pour réaliser les examens d’une vingtaine de minutes avaient de grosses difficultés à téter le sein contrairement aux bébés non séparés et respectés qui tétaient correctement. Et malgré ces études, les pratiques n’évolueraient que très peu à ce sujet dans les hôpitaux français.

  • Le clampage du cordon dès la sortie du bébé

Pratique classique et banale dans nos hôpitaux ! Pour les praticiens, une fois le bébé sorti, le cordon est inutile. Le fait de le couper permet une liberté des gestes sur le bébé. Mais en réalité, chez un bébé qui se porte bien à sa naissance il est recommandé d’attendre que le cordon cesse de battre avant de le couper. En effet, à la naissance l’oxygénation du nouveau-né est assurée par le placenta (comme dans le ventre !), jusqu’au moment où les poumons prennent le relais. Le cordon cesse de battre au bout de 10 à 15 minutes. En coupant le cordon précocement, cela prive le bébé d’une source d’oxygène alors que ses poumons ne sont pas encore prêts. De plus, le bébé relié au placenta reçoit encore du sang et donc des globules rouges essentiels. Attendre que le bébé ait reçu tout le sang venant du placenta (quand il cesse de battre) réduit les risques d’anémie, de séquelles neurologiques et de déficit de plasma.

 

Je viens de faire un tour d’horizon de la plupart des pratiques hospitalières encore tant pratiquées avec abus…

Mais je pense fortement qu’en se renseignant sur chaque pratique, qu’en faisant des choix éclairés, qu’en reprenant le contrôle sur notre corps, sur notre accouchement, les choses pourront enfin changer dans les hôpitaux. Si les femmes font des choix, agissent, refusent quand il faut, les protocoles ne pourront qu’être assouplis pour répondre à la demande nouvelle des femmes. D’ailleurs, certains hôpitaux commencent déjà à offrir des prises en charge plus portées vers la physiologie et le respect des besoins du nourrisson en post-partum.

Reprenons les choses en main. C’est notre corps, notre accouchement, notre bébé dont il est question ! Comme tout mammifère, nous savons mettre au monde nos bébés, notre corps sait.

Je souhaite à toutes les femmes de prendre cette confiance en elles ❤ .

Vous détenez la capacité la plus précieuse au monde, la plus exceptionnelle à vivre : celle de donner la vie ! Foncez !

A très vite,

Violette

Référence:

Pour aller plus loin je vous recommande vivement ce livre qui m’a permis d’écrire ces articles :

Attendre bébé autrement Edition 2018

 

(Aimez ma page Facebook en haut de page si vous voulez être au courant de la sortie de mes nouveaux articles 🙂 )

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2 commentaires sur « Accouchement : un autre regard sur les pratiques courantes hospitalières. Partie 2 »

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