Accouchement : un autre regard sur les pratiques courantes hospitalières. Partie 1.

Dans cet article je vais vous parler de pratiques médicales encore employées avec beaucoup d’abus en France. Le taux de pratiques de ces actes va souvent à l’encontre des recommandations de l’OMS. Je ne suis pas contre la plupart de ces pratiques. Elles sont parfois nécessaires, mais dans un nombre minime de cas. En laissant faire la physiologie lors de l’accouchement, en l’encourageant, ces pratiques seraient alors réservées uniquement aux cas d’urgence et de pathologies.

Je pense qu’il est important de connaître ces actes médicaux et leurs impacts dans le but de faire des choix éclairés et pour construire son projet de naissance (pour en savoir plus sur le projet de naissance je vous invite à lire cet article, et celui-là). Vous pourrez également choisir votre lieu d’accouchement en fonction des taux de pratiques de ces actes dans chaque maternité, si vous souhaitez les éviter.

Enfin, de plus en plus d’hôpitaux en France évoluent vers la physiologie et tentent de réduire les interventions médicales inutiles. Il y a vraiment du progrès de ce côté-là et il y  a espoir que les choses changent réellement.

  • La péridurale 

Cette anesthésie est largement répandue en France puisque 63% des femmes y ont recourt. C’est la manière la plus efficace de réduire la douleur d’un accouchement. Mais beaucoup de femmes en viennent à regretter de rien avoir senti de leur accouchement. D’autres connaissent-elles les alternatives ? La péridurale est aujourd’hui banalisée et est présentée comme incontournable et indispensable. Elle l’est en effet lorsque l’accouchement se passe comme ils se font la plupart du temps : couchée sur le dos, monitoring continu, avec donc des contractions insupportables.  J’ai personnellement dans mon entourage une connaissance sage-femme travaillant à l’hôpital me relatant que le personnel médical préfère quand la femme choisit la péridurale car elle reste plus tranquille (ne crie pas, ne bouge pas en d’autres termes…), et l’accouchement se fait plus aisément pour l’équipe. Personnellement, je trouve cela grave. Les femmes devraient être soutenues et encouragées pour accoucher naturellement et physiologiquement. Mais un accouchement naturel demande beaucoup plus d’efforts de l’équipe, et prend plus de temps (le temps c’est de l’argent, même à l’hôpital !). Elle devraient aussi être informées des conséquences de la péridurale, mais elles le sont rarement.

D’abord, cette pratique présente un taux d’échec de 25%, ce qui est très élevé. Vivre cela peut être un véritable traumatisme pour les femmes ne s’étant pas préparées à cette éventualité. Ensuite, la péridurale peut entraîner un ralentissement des contractions et donc des difficultés d’engagement du fœtus. Le réflexe de poussée n’existe plus sous péridurale (alors que c’est incroyable à vivre et je l’ai même trouvé agréable !). Ensuite, le risque d’extraction du bébé aux forceps ou ventouses est multiplié par deux à trois, et donc de subir une épisiotomie, voire une césarienne. Puis, la mère peut en être déconnectée de son bébé pendant le travail et l’expulsion, elle peut alors se sentir dépossédée de ce moment. Les processus physiologiques et naturels ayant été entravés (hormones, connexion au bébé, etc.), cela peut aller jusqu’à altérer la relation mère-bébé et l’allaitement. Ce que l’on dit rarement également c’est que le bébé peut recevoir du produit anesthésiant et en être atteint. Cela peut même causer une perte du réflexe de succion (source). Enfin, il existe des complications lors de péridurale, mais elles restent plutôt rares : perforation de la dure-mère (ce que ma mère a vécu), maux de dos…

  • Le déclenchement

Le déclenchement est un acte pratiqué avec abus en France car plus de 20% des accouchements sont déclenchés. L’OMS recommande de ne pas dépasser 10%. Le déclenchement consiste à utiliser des produits chimiques (application de gel à vase de prostaglandine dans l’utérus ou injection d’hormones de synthèse) ou bien manuellement par décollement des membranes et rupture de la poche des eaux. L’unique raison d’un déclenchement devrait être d’éviter le syndrome post-maturité, lorsque le placenta n’assure plus son rôle de nutrition et d’oxygénation provoquant alors une souffrance fœtale. Mais ce cas est rarissime ! La majorité des déclenchements sont en réalité dit « de confort », réalisé pour l’équipe médicale : pour assurer une meilleure répartition des patientes au cours de la journée, la disponibilité du gynécologue, ou encore optimiser l’occupation des chambres. Oui, vous avez bien lu. Les équipes préfèrent donc déclencher les femmes et surmédicaliser les accouchements, les faire souffrir puissance mille par rapport à un accouchement naturel, risquer la césarienne (risque 2 fois plus élevé lors de déclenchement), et altérer la relation mère-bébé (risque de dépression, de problématiques d’attachement plus élevé), et tout cela pour leur confort.  Enfin, la date d’accouchement n’est que présumée. Ce n’est qu’une estimation, et il est totalement possible qu’elle soit fausse de plusieurs jours. C’est donc une abberation que de déclencher systématiquement après dépassement du terme…

Je vous partage un extrait d’un article que j’aime de Marie-Hélène Lahaye (Auteure du livre Accouchement – Les femmes méritent mieux) :  » Comme l’obstétrique ne repose ni sur la science, ni sur la logique, cette discipline ne voit aucun inconvénient à ce qu’un jour déterminé à partir d’un événement incertain assorti d’une durée arbitraire, devienne ensuite une date gravée dans le marbre. Peu importe que ce jour présumé d’accouchement soit entaché d’une erreur d’une semaine, cette date sera figée dans l’agenda et dans tous les documents qui accompagnent la grossesse. Cette date, fixée de façon si cavalière, sera ensuite brandie pour déclencher l’accouchement si la femme a l’insolence de ne pas avoir mis son enfant au monde plus tôt. Cette date demeurera non discutable, non modulable, non négociable. Sauf bien sûr si elle tombe un weekend ou un jour férié « 

  • La césarienne

Le taux de césarienne est de presque 20% en France dont la moitié est programmée.  Une femme ayant eu une grossesse normale et aucun facteur de risque particulier a une chance de 7% de vivre une césarienne. Selon les hôpitaux, les taux de césariennes varient énormément, de 3% à 53%. Ces chiffres vont à l’encontre des recommandations de l’OMS qui sont de ne pas dépasser 15%. Pourquoi autant d’abus ? La césarienne est une conséquence directe d’autres pratiques médicales : position couchée, déclenchement, rupture artificielle des membranes, etc. Parfois, c’est la péridurale qui mène à la césarienne, bloquant les contractions. De plus, un facteur inadmissible est qu’on ne laisse plus aux femmes le temps d’accoucher. Elles se voient imposer des protocoles rigides (ex: l’accouchement ne doit pas dépasser 12 heures) plutôt que de recevoir un véritable soutien par une présence continue et des conseils sur des postures physiologiques. D’après l’association Césarine , dans les années 50 il était considéré normal que l’accouchement puisse durer jusqu’à 24 heures. Aujourd’hui on considère souvent qu’il doit durer 6-8 heures, et on s’inquiète s’il dure 12 heures.  Ensuite, la césarienne est parfois un moyen pour le champ médical de se protéger d’accusations de ne pas avoir mis tout en œuvre en cas de drame. Césarine accuse même cet acte d’être « un véritable pan de l’économie de la santé en France« , puisqu’il mobilise plus de soignants, d’outils, de médicaments qu’un accouchement par voie basse. La césarienne peut avoir de nombreuses conséquences comme notamment dans la mise en place du lien mère-bébé, l’allaitement, la dépression post-partum, le sentiment d’avoir été dépossédée de son accouchement, etc.

  • L’extraction instrumentale

Cette pratique implique de faire sortir le bébé à l’aide d’outils divers : forceps, ventouses, spatules. 17% des accouchements se font avec extraction instrumentale. Cette pratique peut entraîner chez le bébé des lésions des nerfs faciaux, des fractures du crâne et du visage, des écorchures et déchirures nécessitant parfois des points de suture, etc. La mère risque des déchirures importantes, une rupture utérine, des hémorragies importantes. L’épisiotomie est très souvent associée à cette pratique. Si les accouchements pouvaient être tous physiologiques… il y aurait rarement besoin d’extraire le bébé à l’aide d’outils.

  • L’épisiotomie

L’épisiotomie est une incision faite sur le périnée qui aurait pour but d’éviter les déchirures graves du périnée, de prévenir l’incontinence urinaire et de raccourcir le temps d’expulsion.  Le taux d’épisiotomie augmente lors de péridurale puisqu’elle induit un recours plus fréquent d’extraction du bébé aux forceps, spatules ou ventouses. Elle est pratiquée pour 50% des femmes (70% chez les primipares). Ce taux va à l’encontre des préconisations de l’OMS qui sont de ne pas dépasser les 10%. En réalité, aucune étude ne prouve la nécessité d’effectuer ce geste. Au contraire, les études montrent que l’épisiotomie présente plus d’inconvénients que de bénéfices : saignements excessifs, infections, serrage des fils trop fort, rapports sexuels rendus difficiles, œdèmes, hématomes, allergies (aux fils, aux produits), abcès, incontinence urinaire ou fécale, hémorroïdes… Même si une mère évite ces complications, la douleur et l’inconfort ressentis sont parfois très difficiles durant plusieurs semaines. Encore une fois, si les accouchements étaient physiologiques, plus rares se feraient les déchirures et donc encore plus le recourt à l’épisiotomie. Un hôpital en France, à Besançon, présente un protocole pro-physiologie où l’épisiotomie n’est pratiquée que pour les cas pathologiques la nécessitant réellement. Leur taux est le plus bas de France : 0,5% par an !

  • Les touchers vaginaux

Cet acte est réalisé en moyenne chaque heure durant un accouchement à l’hôpital. Il a pour but de vérifier l’avancement du travail. Ce geste peut être douloureux et vécu comme invasif et intrusif. Souvent il est réalisé par des personnes différentes au long du travail, voire parfois devant un vrai public. Ce geste est à l’opposé de l’environnement qu’une femme requiert pour accoucher. En effet, pour accoucher tranquillement une femme a besoin d’intimité, de respect, de réassurance, de lâcher prise. Cela va à l’encontre de nos besoins de mammifère pour donner la vie. L’OMS recommande de pratiquer ce geste uniquement toutes les 4 heures.

Ainsi, nous voyons bien que toute cette surmédicalisation a de véritables effets iatrogènes (produit des pathologies inexistantes au départ). Plus les femmes, les couples, seront informés, plus ils pourront faire de réels choix en faveur de la physiologie, pour ceux le souhaitant. Je pense fortement que c’est de cette manière que les hôpitaux pourront un jour revoir leurs protocoles en les modifiant en fonction de la demande des femmes.

A très vite pour la PARTIE 2 où je vous présenterai d’autres pratiques médicales abusives.

Violette.

Références :

Attendre bébé autrement Edition 2018

Association Césarine

 

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6 commentaires sur « Accouchement : un autre regard sur les pratiques courantes hospitalières. Partie 1. »

  1. Tu fais bien d’informer les femmes car je trouve qu’on ne ne dit pas ces choses là! J’ai appris la majorité des choses dont tu parles quand j’allais avoir mon 2ème enfant, alors que j’avais déjà fait une prépa naissance. Et je l’ai appris dans un livre! Pas n’importe lequel certes, puisqu’il sagit du guide d’Ina May, mais j’estime que c’est au personnel de santé qui nous suit de nous dire ces choses là. Après tout c’est leur métier non? L’inconvénient, comme tu dis cest quils ne veulent pas tous que les femmes sachent, ou encore que les femmes accouchent sans péri! Je me souviens d’une SF raller parce qu’une maman qui n’avait pas de péri faisait trop de bruit 😵😵😵

    De par mon propre vécu je sais que ces chiffres sont vrais: jai eu une déchirure pour bebe 1 avec péri, alors que c’était une toite petite crevette de 2.6kg! Et aucune déchirure pour bébé 2 née sans péri et qui pesait pourtant 3.4kg! Le corps de la femme est fait pour ça et il fait ça bien, je dirais meme que souvent il fait mieux qu’une equipe medicale…

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis surprise par le taux d’episio pour les primipares de 70% en France. J’avais justement lu qu’on était descendu à 39% environ. Dans la mater dans laquelle je vais accoucher ils sont à 15% 👌🏼

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